– Une avocate témoigne de la violence extrême de l’industrie pornographique.

« J’en suis à nettoyer les dégâts de l’industrie de la pornographie. Pourquoi nous demandons-nous encore si elle est violente? »

Dr Ann Olivarius, le 4 janvier 2016

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Quand j’ai soutenu que la pornographie est intrinsèquement oppressive lors d’un débat récent à la Cambridge Union, honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que mon équipe réussisse à gagner l’auditoire. Quoique je le souhaitais. Mais je savais aussi que ceux qui évoluent dans le monde pornographié actuel ont du mal à en voir les dégâts. Moi je vois les dommages et méfaits. Je suis une avocate exerçant aux États-Unis et au Royaume-Uni et je passe un certain nombre de mes journées – plus que je le voudrais – à nettoyer les dégâts de l’industrie de la pornographie.

Je dois avouer que je n’avais pas prêté beaucoup d’attention aux énormes changements dans le monde du porno au cours de la dernière décennie. Pourtant, il y a quelques années, j’ai reçu un appel téléphonique d’une femme du Midwest des États-Unis. C’était un samedi soir à Londres. J’étais seule au bureau, alors j’ai décroché le téléphone. La mère affolée d’une étudiante de lycée me raconta comment les amis de sa fille, Sallie, 16 ans, l’avait violée alors qu’elle était ivre et avaient filmé le viol sur leurs téléphones. Sallie se réveilla le lendemain matin sans aucun souvenir de ce qui s’était passé. Lorsqu’elle apprit que l’agression avait été filmée, le clip avait déjà été distribué à travers toute l’école. Deux jours plus tard, revenant du lycée, Sallie dit à sa mère qu’elle n’avait pas passé une très bonne journée, puis alla dans sa chambre pour se suicider. Je fis tout ce que je pu pour aider cette mère en deuil, mais les options juridiques étaient limitées. La société était, et est encore, dans une phase d’apprentissage par rapport au revenge porn. Depuis, la réception de ce type d’appels est devenue régulière. Certaines victimes du revenge porn se défendent, d’autres se cachent ou terminent en hôpital  psychiatrique et d’autres encore se suicident. Toutefois, les images perdurent, surtout sur les sites porno.

Et pourquoi sur les sites porno? Parce que non seulement l’industrie pornographique a inventé le revenge porn (les premières photos de revenge porn ont été publiées dans Hustler en 1980), mais elle a aussi intérêt à maintenir cette pratique « rentable », de la même façon qu’elle continue à trouver de nouvelles façons de violenter les femmes, et parfois les hommes, et de créer de nouvelles demandes de ces pratiques extrêmes. Si elle est l’objet de critiques, ses porte-paroles maintiennent qu’il s’agit d’un commerce comme un autre, d’un emploi comme n’importe quel autre – ou qu’ils sont à l’avant-garde de la liberté d’expression.

L’une de nos clientes, une actrice porno, nous a approché le jour suivant sa sortie de l’hôpital, où elle avait dû faire suturer son rectum suite au tournage d’une scène brutale. Elle n’allait pas pouvoir travailler pendant un moment et se demandait quel genre de protection existait pour elle. Il y en avait en réalité très peu. Elle était dans l’industrie depuis trois ans, ce qui est à peu près la durée pendant laquelle la plupart des femmes que j’ai rencontrées y étaient restées. Elle n’avait pas de régime de retraite, n’avait jamais entendu le mot ‘promotion’ et elle n’avait aucune idée de la façon de procéder. L’industrie avait pris trois ans de sa vie, la laissant sans rien d’autre qu’un prolapsus rectal, ce qui est d’ailleurs quelque chose que l’industrie du porno est fière de produire : il y a un marché croissant pour les ‘rosebud’ dans les films porno – soit, quand les tuniques de la paroi du colon d’une actrice s’effondrent et que les tissus rouges internes ‘fleurissent’ hors de l’anus.

Ce n’est pas une industrie où les actrices peuvent vieillir, avoir un régime de retraite, des vacances, ou la sécurité d’emploi. C’en est une où les femmes sont victimes de violences extrêmes pour la gratification sexuelle des téléspectateurs. En fait, l’oppression des femmes est inhérente aux histoires que l’industrie véhicule.

Les actrices ne sont pas les seules opprimées. Certains consommateurs espèrent reproduire ce qu’ils y voient avec leurs partenaires. J’ai eu affaire à un certain nombre de cas de divorces dont la pornographie était la cause. Les couples voulaient toujours être ensemble, mais leur vie sexuelle avait été déformée et détruite.

Il y a aussi ceux qui forcent les autres à participer à des actes sexuels pornographiques, souvent avec la conviction qu’ils ont le droit de le faire. Après tout, dans le porno, les femmes réagissent avec plaisir quand elles sont forcées et blessées! Anna avait 8 ans lorsqu’elle a dit à sa mère que son cousin de 14 ans lui faisait parfois des choses qu’elle n’aimait pas. Lorsqu’on lui demanda si son cousin faisait toujours les mêmes actes, Anna répondit : « Parfois, mais s’il voit quelque chose de nouveau sur son téléphone, ça peut changer ». Nous avons également traité des cas d’adultes qui ont recours à la pornographie pour conditionner des enfants à faire des actes sexuels, ou qui utilisent la pornographie comme justification à leur violence sexuelle envers les enfants et les femmes. De plus, certaines des personnes les plus traumatisées que j’ai rencontrées sont des femmes dans la prostitution (souvent trafiquées) dont les clients ont insisté – parfois vigoureusement et toujours en croyant que le consentement est quelque chose qu’ils peuvent acheter – pour reproduire des scènes de films porno.

Les femmes ne sont pas les seules victimes. Nous avons rencontré des acteurs porno masculins qui ont été gravement blessés, et dont certains mourront probablement jeunes à cause du VIH et d’autres maladies. Nous en avons également rencontré d’autres devenus dépendants de la pornographie à un jeune âge, comme Henry, un étudiant d’Oxford qui, à la fin de son adolescence, est tombé amoureux, et a eu la chance d’être aimé en retour. Pourtant, peu importe à quel point il essayait, il était incapable d’apprécier le sexe avec son amoureuse. Les choses ne se passaient jamais comme il y avait été conditionné et il ne pouvait pas avoir d’érection. Son cerveau était « accro » à la gratification instantanée qu’il obtenait avec la pornographie. Henry voulait notre aide afin de voir s’il y avait possibilité de poursuivre cette industrie qui l’empêchait d’avoir du plaisir dans ses relations intimes. Il est à présent militant contre les dégâts de la pornographie auprès des hommes.

La pornographie est-elle intrinsèquement oppressive? La majorité des participants au débat à la Cambridge Union en ont été convaincus. Et moi de même. J’espère que cela signifie le début d’une véritable riposte contre l’industrie pornographique ; et que les jeunes ne lui permettront plus à l’avenir de déformer et de dégrader leur propre sexualité et préférences sexuelles, plus jamais.

Ann Olivarius est une grande juriste nord américaine. Elle est diplômée de l’Université de Yale, en droit, en management et d’un doctorat d’état en économie. Elle est avocate à la fois en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Elle a fondé son propre cabinet McAllister Olivarius. Elle est une activiste brillante et infatigable de la cause des femmes. Nous la remercions infiniment de sa confiance pour cette traduction.

Sa page wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Ann_Olivarius

Vous pouvez la suivre sur Twitter : @AnnOlivarius

TRADUCTION : Claudine G. pour le Collectif Ressources Prostitution

POUR ALLER PLUS LOIN :

Nos traductions sur l’industrie pornographique : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/tag/pornographie/

Nos dossiers de presse en ligne : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/pornographie/

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