– « Il n’y a rien de progressiste dans la pornographie qui met en scène des femmes « grosses »

 

Le contexte l’emporte : Il n’y a rien de progressiste dans la pornographie qui met en scène des femmes « grosses »

 par Meagan Tyler, le 22 mai 2012, THE CONVERSATION

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©Colin Brown

 

Déclaration de publication        

Meagan Tyler ne travaille pas pour le compte, ne possède pas d’actions, ne consulte pas et ne reçoit pas de financement d’aucune entreprise ni organisation susceptible de bénéficier de cet article, et ne partage aucune affiliation au-delà de la charge d’enseignement ci-dessus.*

 

« Cesser de regarder de la pornographie est peut-être l’acte le plus progressiste que l’on puisse accomplir. »  Colin Brown

 

Il est temps de reconnaître la pornographie comme faisant partie de la culture populaire. Des millions de personnes regardent le contenu produit par cette industrie et, ne nous y trompons pas, elle produit beaucoup de contenu.

Selon Linda Williams, chercheuse en Études cinématographiques, l’industrie pornographique américaine produit à elle seule plus de 11 000 films par an. En comparaison, Hollywood ne produit seulement que 400 films par an. C’est maigre à côté.

Ajoutons à cela les références ouvertes à la pornographie à la télévision et au cinéma, la dispersion etle brouillage de l’imagerie pornographique dans une variété d’autres formes culturelles, comme la mode et les vidéos-clips de musique, et nous voilà devant d’importantes transformations sociales. Les chercheurEs documentent et analysent cette « pornification » de la culture depuis plus de 10 ans.

Remettre le contenu en contexte

Pourtant, malgré la reconnaissance croissante de la popularité du porno auprès du grand public, de nombreux chercheurEs et défenseurEs de l’industrie persistent à propager l’idée que cette industrie multimilliardaire crée des produits qui seraient en quelque sorte avant-gardistes ou révolutionnaires.

En Australie par exemple, la contribution la plus récente à cette perspective « révolutionnaire » est  un texte de Lauren Rosewarne sur la manière dont la pornographie briserait des « tabous », en particulier, à travers les représentations retrouvées dans le porno de femmes « grosses et obèses » ou de « femmes  très âgées» (« des vieilles »)

Comme souvent, ces d’arguments apportés pour prouver la nature progressiste de la pornographie, le contenu est pris ici hors contexte. L’argument porte uniquement sur les consommateurs et leur interprétation possible d’un contenu, plutôt que de prendre en compte la production et la commercialisation de la pornographie, ou la compréhension de la pornographie comme une industrie fondamentalement capitaliste et axée sur des profits.

« La moitié de l’image »

Ceci est très révélateur de l’évolution qui a eu lieu dans les études portant sur la pornographie au cours de ces 15 dernières années. Après plus d’une décennie de domination idéologique d’une ‘politique sexuelle’ de soi-disant « guerres des sexes » – cad grosso modo entre les différentes branches du féminisme des années 1980 et 1990 – la pornographie est devenue une sorte d’incontournable « hip & chic » des études cinématographiques et des études « culturelles ».

S’en est suivi un changement de perspective passant de la recherche sur « la pornographie » à celle « des pornographies », souvent dans le but de mieux saisir la perception d’une pluralité de contenus et une plus grande diversité dans les réactions et les interprétations possibles des consommateurs.

Il y a sans aucun doute un intérêt à étudier la consommation de pornographie. Toutefois, le faire de façon isolée, sans étudier le contexte de la production, ne pourra jamais donner un portrait complet du phénomène.

Réaffirmer l’idée générale

Prenons par exemple le « porno des grosses », tel que mis en lumière par Rosewarne. Elle avance que ce type de contenu est peut-être une réflexion sur « nos désirs » ; un thème couramment utilisé dans les arguments voulant que le porno soit révolutionnaire. Pourtant, nous devons être plus précis au sujet des désirs de qui l’industrie propose de refléter.

La production de pornographie n’est pas mieux comprise quand on la regarde comme étant une sorte de mouvement social du bas vers le haut où des gens non-genrés exigeraient des images pornographiques particulières qui leur seraient livrées sur demande. Ce qui est nécessaire c’est une compréhension plus approfondie des relations de pouvoir, de la façon dont certains désirs sont privilégiés par rapport à d’autres. Cela exige la reconnaissance que la pornographie est produite principalement pour un public masculin et a comme objectif central l’excitation sexuelle des hommes.

La pornographie de « gros tas, meufs grosses » n’est pas différente. Elle est produite, presque exclusivement, pour un consommateur de sexe masculin. En outre, elle n’est pas simplement la représentation de personnes « obèses » en train de baiser comme Rosewarne le suggère. Il n’est pas question de porno de « grosses » parce que toutes les parties impliquées sont en surpoids, mais plutôt parce que les femmes pornographiées le sont ; en jargon de l’industrie, ce sont des « boulettes » et des « gros culs » ayant des rapports sexuels avec des mecs ordinaires.

À qui s’adresse le porno des « gros tas » ?

Les titres et les textes de présentation sur les couvertures de films porno des « grosses » illustrent également comment l’industrie entend vendre ce type de contenu aux consommateurs. Des titres tels que « Première fois pour un gros laideron », « Grosses obsédées » ou « La nourrir, puis la niquer », réfèrent tous à l’image présentée des femmes dans la pornographie. La devise de « Défonce une grosse truie, Moment de plaisir » est représentative de beaucoup d’autres, elle se lit comme suit : « Les truies veulent bouffer notamment ta bite ».** (NDLT : coucou marlène schiappa!!)

Plutôt que de briser les tabous, l’industrie recycle ouvertement les stéréotypes méprisants de la culture populaire. Dans ce cas-ci, celui des femmes en surpoids ayant un appétit sexuel monstrueux lié à un besoin incontrôlable de nourriture.

*** RE interlude NDLT : COUCOU MARLENE SCHIAPPA!!!!!***

Un extrait de la couverture du film « Baise une truie, Moment de plaisir  » est encore plus révélateur : « Les grosses sont comme les cyclomoteurs. Ils sont amusants à conduire, mais vous ne voulez pas que vos amis vous voient avec eux ! »

Ce discours sera sûrement connu à toute personne qui a eu à visionner des films grand public comme Lendemain de veille ou Les Boloss. Ou pour celles qui ont eu la malchance d’entendre des hommes misogynes plaisanter sur les « SseGro » dans un bar.

Dans de rares cas d’inversion de rôles, où des hommes obèses sont présentés ayant des rapports sexuels avec des femmes plus petites, le ton est très différent. Le magazine Adult Video News explique l’attrait du titre « Ces hommes en surpoids ont aussi besoin d’amour » ainsi : Les hommes gros se réjouiront de voir des hommes comme eux avoir des rapports sexuels.

Renoncer

C’est pourquoi parler de la production de la pornographie et de la façon dont l’industrie commercialise son propre contenu offre un correctif utile aux innombrables théories sur le potentiel libérateur de la pornographie. Comme l’a si bien noté Susanne Kappeler dans La Pornographie de la représentation (The Pornography of Representation), «le pornographe lui-même est plus honnête et plus au fait de la pornographie que le sont les spécialistes de la culture engagés à la défendre ».

Oui, la pornographie a tendance à repousser les limites de l’humain. Mais l’impulsion n’est pas progressiste. Afin de faire du profit, l’industrie de la pornographie joue fréquemment sur des stéréotypes négatifs allant de la « race » au sexe, à l’âge et à l’obésité.

Dans un monde de plus en plus pornifié, où l’industrie du porno rivalise avec Hollywood en matière d’influence culturelle, et où ses profits égalent le PIB de plusieurs petites nations, un véritable acte révolutionnaire serait de renoncer complètement à la consommation de pornographie.

 

*Dr Meagan Tyler PHD, est enseignante-chercheuse à l’Université RMIT de Melbourne, Australie. C’est une spécialiste reconnue internationalement dans le champ des études du genre et de la sexualité. Elle est l’autrice de Selling Sex Short: The pornographic and sexological construction of women’s sexuality in the West (non traduit) et a codirigé l’ouvrage Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism (non traduit).

Suivez-la sur Twitter : https://twitter.com/DrMeaganTyler

TRADUCTION : Claudine G. pour le Collectif Ressources Prostitution.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Nos traductions sur l’industrie pornographique : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/tag/pornographie/

Nos dossiers de presse en ligne : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/pornographie/

** coucou Marlène Schiappa, grossophobe secrétaire des droits des femmes en Macronie…

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