– Une leçon de militantisme : comment déjouer le lobbyisme de l’industrie du sexe

Une leçon de militantisme, comment déjouer le lobbyisme de l’industrie du sexe :

L’Association Médicale Britannique rejette la motion 422 visant à décriminaliser le commerce du sexe

by NORDIC MODEL NOW!

rita-issa

Rapport sur les efforts visant à rééquilibrer le débat de l’Association Médicale Britannique (British Medical Association) sur la décriminalisation du commerce du sexe.

Contexte

En mai 2017, la Conférence des médecins juniors de l’AMB a adopté une motion pour faire pression en faveur de la décriminalisation complète du commerce du sexe, y compris des proxénètes et des tenanciers de maisons closes, qui, si elle était mise en œuvre, permettrait l’ouverture de grandes maisons closes commerciales en Angleterre et au Pays de Galles. Nous étions alarmées et avons écrit une lettre ouverte (open letter to the BMA) exposant nos raisons à l’AMB pour lui demander de rejeter cette politique. Nous avons été ravies que 34 organisations et 298 personnes aient signé la lettre et d’avoir réussi à l’envoyer à l’AMB dix jours plus tard.

Nous savions que la motion à la Conférence des médecins juniors serait inévitablement suivie d’une motion similaire à la réunion annuelle des représentants de l’AMB. Nous avons donc vérifié l’ordre du jour (agenda) de l’AMB qui devait avoir lieu à Bournemouth du 25 au 29 juin 2017 et avons été soulagées de constater qu’il n’y avait pas de motion sur le commerce du sexe.

Mais, le mardi matin (27 juin), il est devenu clair que la motion 422, qui demande la décriminalisation complète du commerce du sexe, était l’une des cinq motions qui avaient été choisies pour être débattues parmi une longue liste de motions qui n’étaient pas à l’ordre du jour en raison de contraintes de temps. Elle devait être débattue deux jours plus tard, le jeudi matin (Thursday).

Motion 422

La motion se lit comme suit :

Motion de MANCHESTER & SALFORD DIVISION : Que cette réunion reconnaisse la preuve que l’approche politique de décriminalisation complète du travail sexuel, telle qu’adoptée par la Nouvelle-Zélande, a eu des effets bénéfiques sur la santé publique, tant pour les travailleuses du sexe que pour la société en général. Cette réunion invite donc l’AMB à :

i) annoncer publiquement son appui à cette approche stratégique et à faire pression sur le gouvernement à cette fin ;

ii) développer des ressources éducatives pour permettre aux médecins et aux étudiants en médecine de mieux comprendre les besoins spécifiques des travailleuses du sexe en matière de soins de santé, tels que des événements de DPC et des ressources d’apprentissage du BMJ;

iii) écrire une lettre ouverte appelant le comité des femmes du TUC (Trades Union Congress) à soutenir également la politique de décriminalisation totale ;

iv) créer un groupe de travail afin d’atteindre les objectifs susmentionnés et envisager une collaboration avec des organisations de travailleuses du sexe dirigées par des pairs comme le SCOT-Pep, le Collectif anglais des prostituées et des travailleuses du sexe de l’Université Ouverte, ainsi qu’avec d’autres organisations travaillant sur cette question, notamment Amnistie Internationale.

Ce que nous avons fait

Notre première réaction fut le désespoir. Cette motion serait-elle adoptée après un si bref débat ? L’AMB jouit d’une très haute estime populaire et si cette motion devenait sa politique, elle encouragerait d’autres organisations à adopter des politiques similaires, ce qui rendrait encore plus probable la décriminalisation complète du commerce du sexe en Angleterre et au Pays de Galles.

L’une des conséquences de la décriminalisation totale est que la prostitution soit considérée simplement en tant qu’un emploi comme un autre, ne différant guère de celui de serveuse. Les conséquences de cette idée sont désastreuses étant donné les taux élevés d’IST, traumas et d’autres troubles de santé (PTSD and other health disorders) dont souffrent fréquemment les femmes prostituées. De plus, les femmes qui ont réussi à sortir de la prostitution ont témoigné (have testified) que cette attitude avait rendu plus difficile leur sortie de la prostitution, parce qu’elle leur donnait l’impression qu’il devait y avoir quelque chose qui clochait chez elles si le ‘métier’ ne leur plaisait pas. Plusieurs femmes qui tentent de sortir de la prostitution et de se remettre de ses conséquences néfastes nous ont dit qu’elles n’obtiennent que peu ou pas d’aide de leur médecin de famille à cause de l’idée que la prostitution est un emploi comme un autre. Une femme nous a dit que son médecin généraliste refusait de la diriger vers des services de counseling en traumatologie en tant que personne ayant passé de nombreuses années dans le commerce du sexe, mais seulement parce qu’elle avait été violée à l’adolescence.

VOTE CONTRE LA MOTION 422

visant à décriminaliser le « travail du sexe »

Cette approche politique :

Décriminalise implicitement les proxénètes, les clients et les propriétaires de bordels

Normalise et légitimise la prostitution et la marchandisation des (majoritairement) femmes et filles

Contrevient aux traités contraignants relatifs aux droits humains, y compris la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Palerme contre la traite des êtres humains

Ne reconnaît pas les préjudices inhérents à la prostitution

Est contraire à l’égalité entre les sexes

Est dénoncée par de nombreuses organisations féministes et plusieurs survivantes de l’industrie

Dans la pratique, elle mène toujours à :

L’expansion du commerce du sexe

Une augmentation du recrutement de filles et jeunes femmes vulnérables

Une augmentation du trafic sexuel

Une diminution des prix, une augmentation de la compétition et des demandes accrues des prostituteurs

Pour plus de détails, consulter notre lettre ouverte à l’AMB

VOTE CONTRE LA MOTION 422

Nous savions que nous devions lors de la conférence informer les médecins des faits et arguments qui n’avaient pas été mentionnés lors de la Conférence des médecins juniors. Une des survivantes de la prostitution membre de Nordic Model Now! a organisé une campagne Twitter pour atteindre un crescendo avant le vote du matin.

Nous avons conçu un dépliant que nous avons distribué à la conférence et qui présentait des faits importants qui n’étaient pas nécessairement évidents.

Une autre membre s’est rendue au centre de conférence pour remettre le dépliant (ainsi que notre dépliant standard (standard one) qui explique le modèle nordique) aux médecins au fur et à mesure qu’ils entraient. La Dre Sasha Rakoff de Not Buying It (Not Buying It) s’est aussi jointe à nous.

Un certain nombre de médecins se sont arrêtés pour discuter et beaucoup ont semblé choqués lorsque nous avons expliqué les implications de la motion. En général, les médecins plus âgés étaient plus réceptifs que les plus jeunes. Nous ne savons pas si c’est parce que les médecins plus âgés en sont venus au cours d’une longue carrière à comprendre que bon nombre des problèmes avec lesquels leurs patients sont aux prises sont causés par de profondes inégalités sociales structurelles ; ou si c’est un symptôme des tactiques brutales du lobby de l’industrie du sexe sur les campus universitaires et ailleurs, qui disent aux gens qu’ils contribuent à la mort des ‘travailleuses du sexe’ s’ils ne soutiennent pas la décriminalisation du proxénétisme, et qu’ils accusent toute personne en désaccord de ‘putophobie’.

Au total, nous avons distribué des tracts à plus de 300 personnes.

Lorsque nous sommes retournées à Londres en train, nous avons appris la bonne nouvelle qu’à l’exception de la partie II, qui demande une formation pour les médecins, la motion a été catégoriquement rejetée, comme le montre le tableau suivant.

Résultats pour la Motion 422

Partie

Pour

Contre

Résultat

i)

23%

77%

Rejeté

ii)

58%

42%

Accepté

iii)

16%

84%

Rejeté

iv)

25%

75%

Rejeté

Le débat sur la motion 422

Le débat a été filmé et, au moment de la rédaction du présent rapport, il est disponible en ligne :

http://bma.public-i.tv/core/portal/webcast_interactive/289361/start_time/11756000

Heureusement, il s’agissait d’un débat équilibré, avec trois porte-paroles au nom de la motion et trois femmes puissantes qui s’y opposaient, ces dernières préconisant le modèle nordique comme meilleure approche (Nordic Model). De toute évidence, notre lettre ouverte à l’AMB (Open letter to the BMA) a eu un impact et les arguments et les recherches que nous avions présentés ont été repris.

Il nous semble que les députés qui s’opposent à la motion ont présenté de meilleurs arguments, plus mûrement réfléchis et davantage non populistes que ceux qui s’expriment en faveur de la motion – dont aucun d’entre eux n’a remis en question l’inévitabilité de la prostitution, ni le « droit » des hommes d’acheter d’autres personnes pour leur usage sexuel et leur gratification, ou encore reconnu les répercussions de cette pratique sur la situation de toutes les femmes et de toutes les jeunes filles.

La Dre Mairi Thompson, qui a pris la parole au nom de la motion, a commencé son discours en disant :

« La menace la plus grave pour les travailleuses du sexe est la violence. Les travailleuses du sexe de rue sont 60 à 100 fois plus susceptibles d’être assassinées que les autres travailleuses. Presque toutes les femmes qui se livrent au commerce du sexe ont été victimes d’une forme de violence. »

Nous sommes d’accord avec elle là-dessus. Elle a ensuite parlé de l’approche adoptée pour assurer le maintien de l’ordre dans la prostitution à Merseyside et du succès qu’elle a obtenu en augmentant le nombre de ‘travailleuses du sexe’ signalant les agressions, ainsi que les condamnations subséquentes des auteurs. Toutefois, la motion 422 ne préconisait pas ce modèle, mais la décriminalisation complète du commerce du sexe telle qu’elle a été mise en œuvre en Nouvelle-Zélande, ce qui n’a entraîné ni une réduction nette de la violence contre les femmes prostituées, ni une augmentation évidente du nombre d’agressions signalées à la police. En outre, l’approche de Merseyside ne défend pas la décriminalisation des proxénètes et des prostituteurs, comme le préconise la motion.

Plus tard dans son exposé, elle a comparé la décriminalisation de l’homosexualité à la décriminalisation du « travail du sexe », en disant que la décriminalisation de l’homosexualité « n’a pas éliminé les agressions contre les homosexuels », ce qui est une erreur logique parce que personne ne prétend que le principal risque pour les homosexuels est la violence de leurs partenaires intimes alors que le principal risque pour les prostituées est la violence des proxénètes et des prostituteurs. Autrement dit, la violence dans la prostitution est inhérente à la relation prostitutionnelle (inherent to the prostitution relationship). En outre, l’homosexualité est une pratique privée et personnelle, à la différence de la prostitution, qui est une pratique commerciale, préconisant une commercialisation accrue, souvent par des personnes qui en profitent, comme les proxénètes. Donc, elle ne comparait pas deux choses similaires.

La Dre Rita Issa, qui a également pris la parole en faveur de la motion, a parlé de notre circulaire vers le début de son discours et a dit qu’elle saisirait l’occasion pour contrecarrer certains des arguments avancés. Ce qu’elle n’a pas réussi à faire.

Par exemple, elle a dénoncé que nous avions dit : « Le premier point de cette motion vise implicitement la décriminalisation des proxénètes » avant d’admettre qu’elle le fait effectivement. Puis elle a dit :

« Deuxièmement, dire que la décriminalisation normalise et légitime la prostitution est vraiment, je pense, un point alarmiste. Je ne pense pas que beaucoup de femmes vont soudainement se précipiter dans le travail du sexe. Comme vous l’avez déjà entendu, ce n’est pas un choix qui est pris à la légère. »

Elle ne comprend manifestement pas la logique du commerce du sexe la quantité d’argent que les proxénètes et les trafiquants peuvent gagner et les efforts qu’ils déploient pour attirer, tromper et endoctriner les filles et les jeunes femmes dans la prostitution. Elle a dit, contre toute évidence, « le travail sexuel n’a pas augmenté en Nouvelle-Zélande après la décriminalisation ». Pas très convaincant pour elle qui mentionna plus tard avoir une approche basée sur les faits.

Elle a affirmé qu’avec la décriminalisation, les travailleuses du sexe peuvent travailler ensemble en petits groupes, car « la sécurité croit avec le nombre ». Ce point est également souligné par l’auteur de la motion, le Dr Khalil Secker. Cependant, c’est plus compliqué qu’ils ne l’avaient prévu. Pour en savoir plus à ce sujet, voir : Le problème de la « sécurité grâce à la force du nombre » (The problem with “safety in numbers”).

Le Dr Mark Porter, président du Conseil de l’AMB à qui nous avions adressé la lettre ouverte, a pris la parole à la suite des orateurs pour et contre la motion. Il a tout d’abord fait référence à la politique de l’AMB adoptée en 2010 sur le viol et les abus sexuels, qui reconnaît que la traite, la violence sexuelle et la pauvreté forcent de nombreuses femmes à se prostituer et il a noté que, si elle était adoptée, la motion représenterait un écart important par rapport à cette position.

Il a fait référence aux pressions reçues par l’AMB des lobbies des deux côtés de l’argument au cours des trois derniers mois et a mentionné que l’AMB a reçu :

« Une lettre signée par 34 organisations et 290 individues, dont certaines se sont identifiées comme des survivantes de la prostitution, de la violence sexuelle et de la traite humaine, mettant en avant l’un des côtés de l’argument en s’appuyant sur les droits de humains, mais aussi sur des données probantes en matière de santé. »

Il parlait évidemment de notre lettre ouverte (open letter).

Il a souligné que les preuves des avantages du modèle néo-zélandais ne sont pas concluantes et qu’il y a « des aspects éthiques, sociaux et d’égalité qui méritent également d’être pris en considération ». Il a réitéré ce que nous avons dit dans notre dépliant, soit que l’approche que la motion voulait faire adopter par l’AMB signifierait que « tous ceux qui sont impliqués dans le travail du sexe, y compris les proxénètes et les propriétaires de maisons closes, seraient décriminalisés et l’industrie considérée comme n’importe quelle autre industrie ».

Il a noté que toutes les organisations qui se trouvent dans la partie iv) de la motion demandent à l’AMB de travailler avec le lobby pour une décriminalisation totale et que ceci « devrait vous indiquer quelles sont les motivations de ceux proposant cette motion ». Il a recommandé que si l’AMB décide de faire plus de travail sur la question, elle devrait s’assurer de prendre en compte une plus large gamme d’organisations, représentant toutes les positions sur la question.

Ses commentaires sur la partie iii) méritent d’être reproduits dans leur intégralité :

« Pour être honnête, il n’est pas clair non plus dans la partie iii), ce qu’il y aurait à gagner à ce que l’AMB rédige une lettre ouverte au Comité des femmes du TUC, leur demandant de soutenir l’approche néo-zélandaise. D’aucuns diraient que tout ce lobbying agressif qui se déroule actuellement est simplement fondé sur la volonté de faire changer d’avis le comité des femmes du TUC. C’est la raison pour laquelle j’ai mentionné que nous sommes le dernier syndicat à être visé dans cette affaire.

Toutefois, le Comité des femmes et la Conférence des femmes ont examiné cette question en mars dernier et la majorité des syndicats affiliés ont voté contre. La question a été débattue au sein du TUC à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie et la position reste globalement inchangée.

Il est peu probable qu’une lettre de l’AMB sur cette question soit la bienvenue, ni même de nature à modifier une décision que le TUC a prise par le biais de ses propres processus démocratiques. »

Il a dit que le lobbying reçu par l’AMB lui a rappelé « le lobbying qui vient du tabac, de l’alcool et d’autres intérêts commercieux». Il a terminé en demandant aux délégué-e-s de rejeter la motion et de s’en tenir à la politique actuelle de l’AMB, qui est basée sur les droits des femmes.

Le Dr Khalil Secker a ensuite répondu aux points soulevés au cours du débat. Il a commencé par l’affirmation extraordinaire selon laquelle la déclaration des Nations Unies mentionnée par l’un des orateurs, qui définit la prostitution comme étant incompatible avec les droits humains consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, avait été rédigée en 1947 et est maintenant « périmée et doit être mise à jour ».

Ce n’est pas vrai. L’instrument de l’ONU en question est la Convention des Nations Unies de 1949 (et non 1947, comme il l’a affirmé) pour la Lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui. Nous recommandons le guide de Malka Marcovich sur cette convention, dans lequel elle explique que l’argument selon lequel la convention est obsolète est :

« Un argument de dernier recours quand aucun autre argument ne s’avère convaincant. C’est comme si le mot ‘obsolète’ avait sa propre valeur référentielle et que, par conséquent, les critiques n’ont pas à expliquer comment la Convention est obsolète. Le discours de la modernité l’emporte en quelque sorte sur l’explication de fond. La Convention est-elle obsolète simplement parce qu’elle a été élaborée il y a une cinquantaine d’années ? Sur cette base, de nombreux instruments relatifs aux droits humains, y compris la Déclaration universelle des droits de l’homme, devraient être déclarés obsolètes. »

Secker a fait d’autres affirmations non fondées – comme la suggestion que la décriminalisation totale est plus sûre pour les femmes parce que les clients révèlent leur véritable identité, ce qui est clairement une farce ! Un sujet populaire sur les forums de prostituteurs de tout acabit est d’échanger sur le meilleur moyen de cacher leur identité. Les hommes mariés, les professionnels, la plupart des hommes, s’efforcent de cacher leur véritable identité lors de la rencontre prostitutionnelle, et la décriminalisation totale ne fait pas grand-chose pour y remédier.

Il comprend mal la nature du trafic sexuel et le fait que le Protocole de Palermo le sépare des autres formes modernes d’esclavage parce que les préjudices sont de nature très différente. Par exemple, il a dit que la réponse à la noyade tragique des migrants chinois dans la baie de Morecombe n’était pas de fermer toute l’industrie de la pêche – omettant le fait qu’il n’y a pas de préjudice matériel inhérent à la cueillette et à la production de nourriture, mais seulement dans la façon dont elle est organisée, contrairement à la prostitution. Et il est plus ou moins impossible dans la pratique de séparer le trafic sexuel de la prostitution, notamment parce que la majorité de la prostitution répond en fait à la définition internationale du trafic sexuel (sex trafficking).

Il a mentionné la recherche du The Lancet qui a conclu que le modèle néo-zélandais de décriminalisation complète est la meilleure voie à suivre pour la santé publique. Cependant, cette recherche a fait l’objet de critiques importantes, en particulier de la part de féministes en Allemagne, où a été adoptée une approche de légalisation de la prostitution semblable (not dissimilar) au modèle néo-zélandais. A la fin de cet article, nous reproduisons, avec permission, une lettre de deux d’entre elles fournissant une critique de ladite recherche.

Un message d’une survivante du commerce du sexe

Tard ce soir-là, Nordic Model Now ! a reçu un courriel d’une survivante du commerce du sexe qui ne veut pas être identifiée publiquement comme telle. Elle nous a demandé de partager l’image suivante sur les médias sociaux. Elle a résumé ce que plusieurs d’entre nous ressentions.

Avec une profonde gratitude à l’Association Médicale Britannique qui a reconnu, résisté et exposé le lobby du commerce du sexe afin de donner la priorité à la santé, au bien-être et aux droits des femmes.

Primum non nocere

Une survivante de l’industrie du sexe

29 juin 2017

Nous adressons également nos remerciements au Dr Mark Porter et à tous les représentants de l’AMB qui ont voté contre la motion. Nous espérons et nous sommes confiantes que leur sagesse, leur intelligence dans l’évaluation des preuves de façon impartiale, et leur humanité, prévaudront à long terme.

Lettre de féministes allemandes au journal The Lancet

Cher M. Horton,

Votre article : Le VIH et les travailleuses du sexe, publié le 22 juillet 2014.

Comme beaucoup d’entre nous sommes des professionnelles de la médecine ou des scientifiques, nous connaissons The Lancet comme un magazine scientifique réputé et apprécions la qualité de l’information médicale s’y retrouvant. Ce qui nous rend d’autant plus étonnées par la dernière série de documents traitant du VIH/sida.

La conclusion de vos auteurs selon laquelle la légalisation de la prostitution protège contre le VIH nous amène à nous demander si les auteurs n’ont pas été indûment influencés par la propagande et la désinformation diffusées par une « industrie » qui amasse des milliards d’euros chaque année en Allemagne seulement. Nous vivons dans un pays où la prostitution a été complètement légalisée il y a douze ans. Et il est maintenant très clair que la légalisation a profité aux propriétaires de maisons closes, aux trafiquants et aux prostituteurs.

En même temps, elle a gravement nui aux personnes qui se prostituent. Le nombre de prostituées « qui travaillent » en Allemagne est estimé à 400 000. Seulement 44 d’entre elles sont officiellement enregistrées comme employées régulières et bénéficient d’une assurance maladie. Moins d’un pour cent détient un contrat de travail. Cela signifie que les prostituées étrangères, en particulier, n’ont aucune assurance maladie.

En outre, la légalisation vers le marché capitaliste libre a fait chuter les prix et augmenter les demandes des clients. De nos jours, ils exigent des rapports sexuels sans préservatifs et dans certains bordels, ceci est la règle plutôt que l’exception. Jusqu’ à présent, il n’y a aucune preuve d’une augmentation des infections par le VIH parmi les prostituées, mais si l’on considère que la plupart d’entre elles n’ont pas accès au système de santé et qu’il y a une forte mobilité des femmes d’Europe de l’Est, cela ne peut pas être considéré comme une preuve de la sécurité de la prostitution légale – c’est plutôt probablement l’inverse.

De plus, une thèse (dissertation) sur les femmes prostituées à Lübeck a montré des taux de syphilis et d’hépatites de type B et C significativement plus élevés que pour les femmes non prostituées.

Des recherches (research) ont montré que les nouvelles infections par le VIH en Allemagne, paradis de la prostitution légale, sont en hausse (10%), les femmes (une augmentation de 31%) étant significativement plus touchées que les hommes (6%). Ces résultats proviennent de nouvelles recherches menées par l’Institut Robert Koch qui admet qu’il y a une augmentation des nouvelles infections.

Nous parlons également de la traite des êtres humains qui est en plein essor, comme l’OIT (Organisation internationale du travail) l’a récemment énoncé. Il y a en effet des preuves que la légalisation de la prostitution augmente la traite des êtres humains et détériore les conditions de « travail » des prostituées, cf. les études de Seo-Young Cho (Université de Marburg, Allemagne) (Seo-Young Cho), de Richard Poulin (Université d’Ottawa, Canada) (Richard Poulin) ou les rapports de fonctionnaires et de scientifiques suédois comme Max Waltman (Université de Stockholm, Suède) (Max Waltman).

Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, nous parlons de dignité humaine : la prostitution est surtout due à la pauvreté. Un crime contre l’humanité (c.-à-d. la pauvreté) peut-il justifier un autre crime contre l’humanité (c.-à-d. l’exploitation sexuelle) ? La société moderne peut-elle revendiquer l’égalité des sexes lorsque les femmes peuvent être achetées pour le sexe par les hommes ?

Nous vous prions de penser à ceux qui profitent de la prostitution légalisée et à qui ont donc le plus de motivation à la faire fonctionner.

Sincèrement vôtre,

Yvonne Smidt and Solveig Senft

 

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