– « Nos amies « pro sexe » et leur soi-disant « porno féministe »

Les pro-sexes et leur pornographie qu’elles appelent « féministe »

ie. « Nos amies « pro sexe » et leur soi-disant « porno féministe »…

par Purple Sage*

Publié le 26 juillet 2016

liberal-feminism

 

Un article de propagande antiféministe a récemment été publié dans The Guardian prêchant que oui, les féministes ont des « fantasmes de viol » ! Et que c’est évidemment très révolutionnaire et subversif quand nous en avons, wouah, évidemment.

Le titre de l’article est « La fessée, la démolition et le jeu de viol : comment le porno féministe libère les femmes de la honte

L’idée prédominante de l’article est que les femmes ont intrinsèquement des fantasmes de viol et veulent créer du porno qui représente du viol, mais qu’elles en ont honte à cause de la soi disante humiliation venant de la répression qui vient des méchantes « prudes anti-sexes ».

Ce genre de merde n’est pas nouvelle. Le féminisme « pro-sexe » existe depuis des décennies en tant que contrecoup (backlash) du féminisme radical. Les « pro-sexe » n’aiment pas quand les féministes parlent de sujets sérieux comme le viol, l’inceste, la pornographie, la prostitution et l’esclavage sexuel, et elleux préfèrent détourner la conversation vers leurs escapades sexuelles rigolotes. Parce qu’elleux sont des gens vraiment FUN & amusantEs, voulant juste – innocemment – passer un bon moment et surtout ne sont pas comme ces vilaines féministes anti-mecs !

L’article commence ainsi :

« Une féministe peut-elle avoir des fantasmes de viol ? 

Selon la productrice de pornographie féministe « Pandora Blake », qui dirige le site fétichiste ‘Rêves de fessées’ et dépeint fréquemment des fantasmes de viols dans ses films, la réponse est une évidence : Absolument. »

« Le consensus général dans le mouvement du porno féministe est que « aucun « fantasme », qu’importe jusqu’à quel point il peut paraître antiféministe, n’est interdit. Dire à une femme ce qu’elle est et n’est pas autorisée à trouver excitant est tout ce qu’il y a de plus antiféministe. » SIC

« Supprimer la honte du désir de BDSM hardcore, des « jeux » de viol, des jeux de régression infantile, ainsi que de tous les tabous ‘kinky’ que les femmes n’ont jamais eu le « droit d’apprécier », est le genre de choses qui m’attire vraiment dans le mouvement du « porno « féministe » dit Courtney « Trouble », la productrice derrière « Trouble Productions » et ancienne oratrice principale à la Conférence sur le « porno féministe » (« Feminist Porn Conference »). 

#ParOùCommencer… Avec cette industrie d’une « pornographie » « féministe » ?… Les personnes citées dans cet article suggèrent que le porno « féministe » peut contenir autant de contenu de viol, de violences sexuelles, que le porno commercial hardcore – rien n’est « hors limites » selon elles, y compris le viol et le BDSM hardcore. Alors quelle est la différence entre ce qu’elles créent et le reste de l’industrie du porno violent misogyne ????

Les pornographes « féministes » expliquent que dans leur « porno », les interprètes sont autorisées à mettre fin à la scène si elles ne sont pas à l’aise avec « quelque chose« , elles parlent de « consentement » au préalable, notamment les « grosses » y sont « admises » (…), et seules les personnes kinky dans la vie réelle (???) exécutent des scènes kinky, de sorte qu’aucune « prude genre catho » n’y serait mal à l’aise. Donc, fondamentalement, la seule différence entre ce porno « féministe » et le porno type mainstream est que personne n’est «  » » »totalement violée » » » » et qu’il y a une plus grande variété de « corps » (wouah…), y compris des «  » » femmes grosses » » » (NDLT : cette charité envers ces grosses si indignes est vraiment trop bonne…) Par contre, tout le reste est pareil – l’érotisation de la domination et de la soumission et la représentation de l’oppression comme étant sexy demeurent intactes. Le même message est envoyé au consommateur : le viol des femmes et la violence sexuelle faite aux femmes est SUPER sexy.

Par conséquent, la principale différence entre le porno « féministe » et le porno commercial hardcore, est que dans le porno « féministe » les femmes seraient soi-disant «  » »consentantes » » » à leur propre dégradation, plutôt qu’elle leur soit imposée par des hommes. WOUAH !!!! Comme c’est révolutionnaire ! C’est pourtant ce à quoi oeuvre le féminisme troisième vague « pro-sexe » : lorsque les femmes font le gros du travail de sape pour opprimer d’autres  femmes, de sorte que les hommes peuvent se détendre et profiter du spectacle. Les femmes se portent volontaires pour être opprimées au lieu d’être des victimes sans défense de l’oppression. Car si nous nous portons volontaires pour notre propre oppression, il ne s’agit plus d’oppression. Il est possible de mener une révolution sans changer les conditions matérielles de la vie des femmes, il n’y a simplement qu’à changer la définition de ce qui nous arrive et voilà que l’oppression disparait, YOUAH c’est magiiiiiique !

Retour en 2008, où Twisty Faster écrit au sujet d’un spectacle burlesque « féministe » qui était du même ordre, en ce sens qu’il démontrait combien c’était un geste « féministe » pour les femmes de se porter volontaires à l’objectivation ! Elle a d’ailleurs écrit l’un des meilleurs titres de blog que je n’ai jamais vu :

« La pornification nous pénètre intégralement soutient l’ironique humoriste super hot »

Vachement génial. Un de ses grands articles. Bien que court, il contient des perles qui sont applicables à la pornographie « féministe » habituelle.

« En quoi le féminisme « fun » est-il différent du féminisme ordinaire ? En rien, si ce n’est qu’il s’agit d’antiféminisme. C’est quand vous capitulez à, participez à, adoptez, et faites ouvertement la promotion de la culture du viol en échange d’approbation, en faisant valoir qu’elle vous soi disant et prétendument « prise de pouvoir ». » (NDLR : sur quoi? sur qui??)

Et…

« L’idée que la sexualité publique des femmes peut si précisément refléter les fantasmes masculins traditionnels tout en existant dans une sorte d’univers parallèle ‘Je-le-fais-pour-moi’ pro-femmes est la pierre angulaire de la pensée du féminisme ‘pro sex & fun’. La faille dans ce raisonnement est que toutes les femmes doivent participer au patriarcat, indépendamment de ce qu’elles considèrent comme leur motivation à cette participation ; le patriarcat est la culture dominante, et l’opposition n’est pas une option. Ce qui signifie qu’il n’y a pas de choix pour y entrer non plus. Faites-le pour moi, faites-le pour vous, peu importe ; les premiers bénéficiaires de la participation des femmes – volontaire ou non, ironique ou sincère au patriarcat sont les hommes. »

Même les féministes ‘pro sexe & fun’ devraient être en mesure de se rendre compte, si elles se donnaient la peine d’y penser, que lorsque vous promouvez l’idée que le viol est sexy, les personnes à en bénéficier sont les violeurs.

L’une des personnes interrogées, Blake, présente son désir pour la perversité comme un trait naturel qu’elle a découvert en grandissant, mais elle soutient qu’elle a dû travailler à se débarrasser de sa « honte » afin de devenir la vraie version kinky d’elle-même. Je considère que c’est absolument est ridicule. L’idée que les désirs sexuels innés des femmes ressembleraient parfaitement à l’oppression que les hommes nous font subir est en fait une idée misogyne utilisée contre nous depuis des siècles. Les hommes ont toujours prétendu que les femmes veulent naturellement se soumettre à eux, que nous voulons être contrôlées, utilisées et maltraitées, parce que cela justifie l’oppression des femmes. Les masculinistes disent encore la même chose aujourd’hui. (Remarquez-vous combien les « pro-« sexes » et les masculinistes tombent d’accord sur plusieurs arguments ?) Bien entendu, si vous soulevez ces éléments à un kinkster (la personne qui pratique le soi disant kinky sex), votre opinion sera rejetée, vous serez traitée de noms d’oiseaux, et dégagée de la discussion. Et ce, parce qu’ils ne veulent pas réfléchir au contexte social de leurs pulsions ou aux implications politiques de ce qu’ils font. Leur plaisir serait diminué et leur petite minute orgasmique individuelle est bien plus importante que la libération de toute la classe des femmes de l’oppression.

« Ce qui est excitant avec la fessée est la peur, l’anxiété et l’anticipation de ce qui s’en vient », dit Blake.

Eh bien, je dois être une chieuse genre « vanilla sex » de première parce que je ne crois pas que l’anxiété et la peur fassent partie d’une vie sexuelle épanouie. Je pense que ce que les gens devraient ressentir pendant le sexe est : l’amour, la joie, l’excitation, l’excitation, l’orgasme et le soulagement, pas la peur ni la douleur.

« Les féministes luttent régulièrement pour l’autonomie sexuelle – le droit d’une femme à prendre des décisions au sujet de sa propre sexualité, y compris quand et avec qui avoir des relations sexuelles, et quand, le cas échéant, décider de tomber enceinte. Les féministes se sont traditionnellement rebellées contre les forces entravant ces droits : les voix puritaines disant qu’une femme qui aime le sexe est une salope, celles ayant pour effet de restreindre l’accès à la contraception, celles prétendant qu’un habillement provocateur est une invitation au viol. »

Les vraies féministes, celles pas « fun », se rendent compte que la lutte pour l’autonomie des femmes en matière de sexualité, signifie : apporter des changements concrets permettant aux femmes de dire non, parce que quand vous n’avez pas la possibilité de dire ‘non’, votre ‘oui’ a peu de sens. Par exemple, lorsque les féministes ont lutté pour obtenir le droit au divorce, le droit de gagner un salaire, et le droit au contrôle des naissances et à l’avortement, tous ces changements ont permis aux femmes de contrôler quand, comment et avec qui elles ont des activités sexuelles ou deviennent enceintes. En contrôlant nous-mêmes nos vies sans être dépendantes d’un protecteur (mari ou autre), nous sommes libres de prendre nos propres décisions en matière de sexualité et de reproduction. Par contre, quand les féministes ‘fun & pro sex’ parlent de « lutter pour l’autonomie sexuelles des femmes », elles veulent dire en fait porter au pinacle les choix des femmes de la classe moyenne à participer aux institutions patriarcales qui refusent pourtant l’autonomie à d’innombrables femmes moins fortunées qu’elles. Créer sa propre pornographie peut être fun seulement pour les femmes de la classe moyenne supérieure déchargée des lourdes tâches des femmes pauvres et prolétaires désargentées. Les femmes qui n’ont pas d’autres choix matériels, les femmes qui ont désespérément besoin d’argent et dont la seule « option » est de subir les normes de l’industrie du sexe à la chaîne, se bidonnent beaucoup moins.

Les féministes ‘sex poz & sexy’ comprennent vaguement que quelque chose cloche avec le porno mainstream, mais puisque leur compréhension est très limitée, elles ne voient pas de solutions utiles.

« Il y a certainement des choses dans ce porno que je trouve stéréotypées, répétitives, ennuyeuses ou même offensantes » me dit Taormino, « mais la réponse n’est pas de mettre fin au porno. La réponse est de faire plus de porno. »

Je vais utiliser une analogie empruntée à Gail Dines. Les gens l’appellent « anti-sexe » parce qu’elle s’oppose à l’industrie pornographique. Selon elle, c’est comme appeler une personne « anti-nourriture » parce qu’elle critique l’industrie de la restauration rapide, genre Macdonald’s. Le problème avec l’industrie du porno n’est pas que quelques films soient mauvais, mais que l’ensemble de l’industrie crée des dommages et des torts aux femmes en tant que classe. C’est une industrie qui profite de la domination masculine et sexualise la soumission féminine ; elle enseigne que le viol est sexy, elle conditionne des générations entières à accepter les comportements violents, elle réduit les femmes à un ensemble de trous à baiser au lieu d’êtres des humainEs complètEs. La réponse à cette industrie n’est pas de mettre en place des studios faisant du porno soi-disant « éthique » (ethical porn). Ce serait comme prétendre contrer les effets négatifs du capitalisme par l’ouverture d’un commerce géré de façon « éthique ». Ce genre d’entreprise « éthique » ne peut absolument rien faire pour empêcher que des pratiques commerciales non éthiques soient institutionnalisées dans le monde entier et nuisent à la plupart des peuples du monde. D’ailleurs, quand votre studio produit des scènes de viol, de jeux de domination et de BDSM hardcore, elle est déjà contraire à l’éthique, même si vos acteurs parlent de « consentement » avant de tourner ces scènes soi disant « éthiques ».

Parlons de ce que ces jeux de domination prétendument régressifs impliquent. Il s’agit en fait d’un euphémisme pour représenter en performance un acte d’agression sexuelle sur une personne mineure. Un exemple nous en est donné dans l’article :

« Comme une écolière qui sait qu’elle va avoir droit à une véritable démolition après la sortie de l’école et ne peut pas penser à autre chose, puis demande à ses amis à quel point cela sera douloureux et si ça va lui faire vraiment mal. »

Il devrait être évident pour tout le monde qu’il s’agit ici de sexualiser la maltraitance d’enfants.

« Supprimer la honte du désir de BDSM hardcore, des « jeux » de viol, des jeux de domination régressifs, ainsi que de tous les tabous kinky que les femmes n’ont jamais eu le droit d’apprécier, est le genre de choses qui m’attire vraiment dans le mouvement du porno féministe » dit Courtney « Trouble ».

Si cette « féministe » pense que la suppression de la honte vis-à-vis l’érotisation de choses comme le viol et la violence sexuelle (notamment envers les enfants et les mineures) est une partie du « mouvement porno féministe », je suis en total désaccord. Si vous fantasmez de violenter  une femme ou un enfant, vous devriez avoir honte. Les femmes qui fantasment d’êtres violées devraient aussi réfléchir au fait qu’il ne s’agit pas d’une sorte de « perversité » innée à célébrer, mais d’une réponse traumatique au fait d’avoir été traitée de manière violente depuis toujours et d’avoir survécu en sexualisant cette violence. Il ne s’agit évidemment pas d’avoir honte quand on a intériorisé les messages violents de votre culture violente, mais il est nécessaire de se rendre compte de leur impact sociétal et d’éviter de les défendre et de les promouvoir.

« Dans un monde où le porno est de facto l’éducation sexuelle pour tout adolescent-e ayant une connexion internet, les producteurs sont socialement responsables de réfléchir non seulement à ce qui va exciter les gens, mais à ce que les gens vont apprendre. »

Ces personnes qui pensent que les « jeux » de viol, les « jeux de souffrances » et le BDSM hardcore sont OK sont-elles d’accord pour que ce soit ce que les adolescents apprennent ? Si c’est le cas, c’est absolument effrayant.

Je n’appellerai jamais ces gens ‘pro-sexe’, car ils sont en réalité favorables à la violence sexuelle, pas au sexe. Ils sont aussi loin d’être féministes que le sont la moyenne des masculinistes, et ils ne défendent aucunement un mouvement de justice sociale. Les femmes ont déjà le droit d’être violentées. La seule chose dont nous avons besoin est le droit d’être à l’abri des mauvais traitements. Seules les féministes radicales se battent pour cela.

P.S.- Les principaux médias aiment ce type d’articles. C’est parce qu’une partie de la réaction contre le féminisme est une sorte de version factice du féminisme promue par des gens qui ont un intérêt dans la continuation du capitalisme et du patriarcat (cad l’insu$trie du $$exe). Ils favorisent une version néolibérale ultra capitaliste du féminisme qui soi-disant donnerait de l’autonomie aux femmes grâce à leurs soi-disant « choix » de consommation et encourage leur participation au patriarcat en renommant ceci « autonomie », dans une stratégie délibérée de destruction du mouvement féministe. La meilleure explication de ce phénomène revient à Gail Dines dans son allocution Le néolibéralisme et la destruction du féminisme (Neo-Liberalism and the Defanging of Feminism). Le néo-libéralisme a également tué la gauche, parce qu’il nous a éloigné de l’analyse de classe et nous a poussé vers l’inutile débat sur les « identités » (identity politics). Quiconque veut apprendre sur le féminisme devrait éviter les médias grand public et plutôt lire Feminist Current**, des livres écrits par de véritables féministes qui ont joué un rôle histotique, ou des blogs anonymes de féministes. Pas du tout du type « fun feminism ».

*Purple Sage est une de nos camarades, blogueuse, radicale féministe, lesbienne, abolitionniste du genre et de l’industrie du $exe. Nous la remercions pour sa fidélité amicale et son autorisation. Si vous lisez l’anglais, ne vous privez pas de lire son blog absolument passionnant ! : https://purplesagefem.wordpress.com/

** dont le contenu est majoritairement traduit en français par nos soins concernant l’industrie du sexe et le reste par TRADFEM

TRADUCTION : Claudine G. pour le Collectif Ressources Prostitution.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Nos traductions sur l’industrie pornographique : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/tag/pornographie/

Nos dossiers de presse en ligne : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/pornographie/

 

 

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