– David Hamilton et la réalité de la pornographie

Une leçon que nous devrions déjà connaître : Les agressions sexuelles commises par David Hamilton

Par Meghan Murphy, le 27 novembre 2016,

sur FeministCurrent.com

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David Hamilton était connu pour son style de photographie pédophile, que certains appelaient « de l’art », mais qui n’était guère plus que des images sexuées d’adolescentes. Ce qu’il a produit et encouragé ne devrait jamais avoir été célébré, puisque cela a permis à Hamilton (et probablement à beaucoup d’autres hommes) d’agresser qui sait combien de jeunes filles et, ce faisant, de normaliser la pédocriminalité et l’exploitation sexuelle. Pourtant, Hamilton a eu droit à des décennies de célébrité et de succès, depuis les années 70 jusqu’à il y a dix ans, puisqu’il a publié deux nouveaux livres en 2006. Vu les récentes accusations de viol le visant, nous pouvons dire que nous avons appris notre leçon. Mais compte tenu de la popularité toujours réelle d’hommes comme Terry Richardson, un autre photographe, et la sexualisation continuelle des jeunes filles et des femmes dans les médias, il est clair que nous sommes encore, en tant que société, peu disposés aux prises de conscience nécessaires à la protection de ces dernières.

Le photographe britannique a été retrouvé mort à 83 ans, apparemment il s’est suicidé, à son domicile parisien vendredi soir dernier. Quelques jours plus tôt, Hamilton avait menacé de poursuites en diffamation quatre femmes l’accusant de viol.

Dans un livre publié le mois dernier, La Consolation, Flavie Flament, une animatrice de télévision, n’a pas nommément cité David Hamilton, mais a plus tard elle a confirmé qu’il était bien l’homme désigné dans son récit d’un viol commis lors d’une séance photo, en 1987, pendant ses vacances avec ses parents au Cap d’Agde, dans le Sud-ouest de la France. La page couverture de ce livre est une photo d’elle prise par Hamilton à cette époque.

Après la publication de son ouvrage, Flavie Flament raconte avoir été contactée par plusieurs autres femmes, qui déclarent avoir elles aussi été violées par Hamilton. Trois victimes présumées ont donné aux médias français des comptes rendus presque identiques. Flavie Flament a ensuite déclaré à des journalistes que Hamilton était bel et bien « l’homme qui m’a violée à l’âge de 13 ans, l’homme qui a violé de nombreuses jeunes filles ».

Hamilton l’a publiquement accusée d’avoir instigué contre lui un « lynchage médiatique » et de « chercher dans son roman son dernier quart d’heure de gloire par la diffamation ».

Flament a déclaré qu’elle avait eu peur de s’exprimer plus tôt, « parce que la prescription, aujourd’hui, condamne doublement les victimes de viol ». Dans un entretien, elle a confié à l’hebdomadaire L’Obs :

« Vous pouvez aussi passer de victime à coupable, coupable de diffamation (…) On vous explique que vous ne dormirez pas tranquille, mais que votre violeur, lui, passera des nuits paisibles. »

En effet, s’exprimer contre les agresseurs nous met toujours en danger, nous les femmes, tant il est difficile de « prouver » des accusations dans un système où la parole des femmes n’est pas digne de confiance et où il est trop facile pour les hommes ayant de l’argent et du pouvoir de faire taire les victimes avec des menaces de poursuites.

Une des victimes de Hamilton a porté plainte contre lui en 1997, mais le dossier a été classé après qu’il ait nié tout acte répréhensible. Elle a dit au Nouvel Observateur avoir envisagé de se porter partie civile, mais on lui a dit qu’elle devrait payer 30 000 francs de consignation. « Je me suis dit qu’il était trop protégé, que le combat était perdu d’avance, que j’allais y perdre ma vie. »

En plus de cela, en France, une femme ne peut pas porter plainte si plus de 20 ans se sont écoulés après le viol. Évidemment, ces lois ne tiennent pas compte des réalités du traumatisme et de la violence. Flament a dit que les souvenirs de son viol lui sont revenus à la fin de la trentaine, et qu’il était alors trop tard pour porter plainte.

Il n’est pas surprenant que Hamilton ait été accusé d’avoir violé des jeunes filles, compte tenu de sa profession. Il était connu pour son activité de drague systématique de jeunes adolescentes sur la plage du Cap d’Agde, où il possédait un appartement. Deux des femmes témoignant qu’il les a violées à leur adolescence pendant leurs vacances là-bas disent qu’elles le voyaient tous les jours « arpenter la plage à la recherche de modèles ». Il était toujours « accompagné d’une fille très jeune, blonde et fine ».

Une des femmes qui se sont adressées aux médias a témoigné qu’il avait l’habitude d’envoyer ses modèles sur la plage pour trouver de nouvelles « souris ». Elle explique que « souris » était le mot qu’utilisait Hamilton pour désigner la vulve des jeunes filles.

Il s’approchait d’abord des parents des adolescentes, pour demander la permission de photographier leurs enfants. Hamilton était si célèbre et si largement respecté que les parents se sentaient plus honorés que méfiants quand il choisissait leurs enfants.

Bien que nous en sachions plus aujourd’hui que par le passé sur les prédateurs, il est triste de constater à quel point cet homme a fait une promotion éhontée de son comportement et de ses intentions d’exploitation, et que cela n’ait été considéré que comme de « l’art », comme des images « érotico-romantiques ». Hamilton a même reconnu avoir été inspiré par le roman Lolita de Vladimir Nabokov.

Tout cela susciterait peut-être la méfiance aujourd’hui, mais nous continuons néanmoins à avoir des débats semblables sur les définitions de « l’art » et de la pornographie, tout en continuant à distinguer obstinément les « fantasmes » des hommes de la réalité.

Le comportement de Hamilton apporte un démenti de plus aux prétentions vides des libertaires pour qui la pornographie n’est que « fantasme », sans aucun rapport avec la réalité. Mais quand en aurons-nous assez de ces alibis ? Combien faudra-t-il de nouveaux viols et violences subies par des femmes et des jeunes filles avant que nous, en tant que société, reconnaissions la réalité de ce que fantasment les hommes, combien de nouvelles agressions avant que nous reconnaissions que l’imagerie qui sexualise et chosifie les femmes et les jeunes filles est réelle et qu’elle a des effets réels  ?

Pour les victimes de Hamilton, ses photographies ont longtemps eu un effet de revictimisation. Une autre femme qui témoigne avoir été violée par Hamilton à 14 ans dit qu’il lui revient ce qui lui est arrivé chaque fois qu’elle voit des photos de très jeunes filles dénudées dans des livres et magazines, qui comprennent parfois des photographies d’elle.

« C’est insupportable de voir qu’il se sert encore  de nous !, a-t-elle déclaré au Nouvel Observateur. Regardez ces regards ! Ah ces fameux regards mélancoliques hamiltoniens ! Mais vous savez maintenant pourquoi ils étaient mélancoliques ! », dit-elle.

Flament a qualifié à juste titre Hamilton de lâche après son suicide :

« Par sa lâcheté, il nous condamne à nouveau au silence et à l’impossibilité de le voir un jour condamné. L’horreur de cette nouvelle ne saura jamais effacer celles de nos nuits blanches. »

Le suicide a permis à cet homme d’échapper à ses responsabilités. Pendant ce temps, les victimes de Hamilton doivent vivre à jamais avec ses violences, non seulement mentalement, mais aussi parce que son « art » demeure omniprésent dans la sphère publique.

Une leçon à tirer de cette affaire est que le comportement des hommes doit être pris au sérieux. Qu’il n’est pas acceptable que des hommes regardent de la pornographie « à peine légale » ou « d’adolescentes » dans l’intimité de leur domicile, tout en affirmant que cela n’a aucune incidence sur eux, en tant qu’individus. Qu’il n’est pas acceptable de considérer la sexualisation des jeunes filles comme « naturelle » ou inoffensive. Mais, même au-delà de cela, il est temps que nous cessions de faire comme si l’imagerie, le vocabulaire et les comportements misogynes pouvaient être traités comme des phénomènes sans aucun rapport les uns avec les autres. Se masturber devant des images qui sexualisent le viol, la misogynie, la violence et l’avilissement a des effets et ils sont néfastes. Les images qui transforment des femmes et des jeunes filles en fantasmes pour messieurs sont nuisibles. De fait, il est clair que ces fantasmes ne sont que trop réels.

Version originale : http://www.feministcurrent.com/2016/11/27/david-hamilton-sexual-abuse/

Traduction : TRADFEM

POUR ALLER PLUS LOIN :

Nos traductions sur l’industrie pornographique : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/tag/pornographie/

Nos dossiers de presse en ligne : https://ressourcesprostitution.wordpress.com/pornographie/

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