– « La prostitution est une descente aux enfers » par Allyson, survivante.

Il y a quelques semaines, Allyson* nous a adressé son témoignage pour publication. Nous la remercions de la confiance dont elle nous honore et nous la félicitons pour son immense courage ainsi que le beau parcours qu’elle a su mener. (*le prénom a été modifié en accord avec elle).

Le Collectif Ressources Prostitution

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(Photograph: Almudena Toral)

« Si on me demandait comment j’ai trouvé mon passage dans le monde de la prostitution, je répondrais et ce, sans hésitation, que ça a été une grande descente aux enfers.

Je viens d’une petite ville, Saguenay-Lac Saint-Jean, au Québec. J’ai grandi à travers les vidéos de la culture hip-hop où l’on y montrait combien les pimps et les escorte étaient prestigieux. De plus, la grande ville avait une très grande attraction pour moi. J’ai déménagé à Montréal et, plus tard, j’ai rencontré des personnes très peu recommandables. Malgré cela, j’ai refusé pendant un an de pratiquer la prostitution mais on m’a tellement normalisée celle-ci qu’un jour j’ai succombé. J’ai commencé par travailler avec un ami qui a essayé de me prendre tout mon argent puis, par la suite j’ai fais partie des travailleuses indépendantes. Un jour, mon ami qui m’avait mit en tête de devenir escorte, m’a présenté à un homme, un monstre hypocrite plutôt. Je suis tombée amoureuse de ce monstre, un amour tellement malsain qu’il m’a détruite mentalement. Cet homme était bien entendu un pimp, et de plus mon ami m’avait vendue a celui-ci. Je devais travailler 24h sur 24 et ce 7 jours sur 7 complètement intoxiquée par les « speed » dont il m’avait rendu dépendante. Pendant tous ces mois, je faisais tout, même les annonces et les photos des autres filles qu’il attrapait dans son filet. Il me disait que c’est moi qu’il aimait que j’étais sa reine, les autres ce n’était rien pour lui ! Un jour, nous nous sommes chicanés et j’ai refusé ses avances sexuelles, alors il m’a violée avec un mépris tel que mon esprit s’est envolé vers un monde meilleur, un monde de déni où les sentiments qui m’habitaient avaient disparu. Je n’étais plus la jeune femme pleine de vie que j’avais été jadis. Plus tard, j’ai compris que ce phénomène s’appelait la dissociation, un mécanisme de défense. Peu de temps après, il s’amusait à me détruire à petit feu, allant même à me forcer à des faveurs sexuelles à ses amis. J’ai essayé de partir de cet enfer par deux fois, mais je pensais vraiment que je ne valait pas mieux que ce qu’il avait à m’offrir alors je retournais dans ses bras, et c’était très bon d’y retourner car il me disait qu’il ne pouvait vivre sans moi et me traitait comme une reine pendant une semaine mais le cauchemar revenait à chaque fois. Il se moquait de moi, il m’insultait devant ceux qui le voulaient bien mais dans ma tête c’est ce que je méritais. Un matin où il n’était pas rentré de la nuit, il m’a appelé pour me dire que je devrais partir dans une semaine, cette fois- ci j’avais compris que c’était un autre stratège pour me faire mal et je lui ai dit: tu sais quoi je pars maintenant bye!!! Bonne vie!!! Pour une fois, je lui avais tenu tête. J’ai pris tous mes effets personnels le plus vite que je le pouvais puis je suis partir à l’hôtel en taxi. Le soir même, il m’envoyait des messages texte me disait qu’il m’aimait que j’étais la femme de sa vie. Des belles paroles qui n’étaient effectivement pas vraies. Quand il a vu que ça ne marchait pas, les menaces en ont suivies. J’étais sa femme pour la vie et si je partais il allait me retrouver où que je sois. Ses amis allaient me traquer, me battre et me violer. J’avais peur mais je n’avais plus rien à perdre. Le lendemain, j’ai changé d’hôtel. C’était bon de gagner mon argent à moi, de pouvoir acheter ce que je voulais quand je le voulais. J’étais loin de me douter de ce qu’il m’attendait. Un soir, une amie est venue me trouver à ma chambre pour travailler avec moi. J’ai reçu l’appel d’un client qui voulait passer la nuit complète avec moi. Malheureusement, c’était une ruse pour savoir où je me trouvais. J’ai eu un mauvais pressentiment quand mon faux client me confirma qu’il était à l’hôtel j’ai demandé à mon amie de regarder par la fenêtre. Quand j’ai vu sa réaction, je savais que c’était lui, le comble du malheur c’est qu’il avait vu mon amie à la fenêtre et croyait que c’était moi. Elle se tourna vers moi et me dit « ça ne va pas, il y a des gars cachés partout autour dans les ruelles » et il m’a vu !!! Mes genoux ont fléchis lorsque j’ai entendu du monde se promener sur l’étage où je logeais. Lui, il était en bas criant mon nom en riant. Ils sont restés la à me surveiller pendant 10h de temps, nous n’osions même pas parler de peur qu’ils sachent dans quelle chambre nous étions. Il m’a envoyé des messages des pires insultes toute la nuit. A un moment, je me suis accroupie dans le coin de ma chambre en position fœtale à faire couler toutes les larmes que j’avais en moi. Le lendemain, quand ils sont partis, j’ai quitté le Québec pour aller à Niagara falls, où il ne me trouverait pas. J’étais devenue une épave vivante, je pleurais tous les moments où j’étais seule. Mon ami qui m’avait présenté mon bourreau m’a appelée pour me dire que mon pimp s’ennuyait de moi et qu’il m’envoyait son numéro parce qu’il ne l’avait jamais vu comme ça, il m’aimait vraiment qu’il disait. En recevant son numéro je l’ai malheureusement contacté pour retomber dans ses bras. Le jour d’après, je partais pour Montréal le retrouver. En revenant tout est redevenu comme avant.

J’ai finalement mis fin pour de bon à la relation. Par après j’ai rencontré l’amour de ma vie. Je ne croyais pas être une victime et j’étais en choc post traumatique. J’avais oublié ce que j’avais subi et j’essayais tant mieux que mal de vivre avec ça. L’année venait de passer et nous nous préparions pour le nouvel an. J’ai reçu un coup de téléphone de lui, il me demandait en mariage. Cette fois-ci je ne l’ai pas cru et par chance, il est allé en prison peu de temps après. Les enquêteurs du SPVM sont venus cogner à ma porte à un moment où tout allait bien. Ils m’ont dit qu’il voulait savoir mon histoire avec mon ancien pimp, que je ne craignais rien, qu’ils me comprenaient. Pour une fois, en bien longtemps, je ne voyais pas de jugements dans leurs yeux alors je les ai suivi au poste. On a enregistré 5 heures de déposition. C’est a ce moment là que j’ai réalisé ce que j’avais vécu. C’était très lourd à porter mais parler m’a fait le plus grand bien. Des accusations ont été portés contre lui un an et demi plus tard, nous en étions à l’enquête préliminaire et je devais témoigner. Pendant mes thérapies, mon cheminement personnel, j’en étais rendu à vouloir le confronter, lui montrer que j’étais forte, d’ailleurs j’avais maintenant un emploi en tant que gérante et je m’en était bien sortie. Il m’a traitée de menteuse en rentrant dans le tribunal puis à essayer de m’intimider en allant jusqu’à rire aux éclats pendant que je pleurais. Par après, il a plaidé coupable voyant qu’il y avait trop de preuves l’incriminait. Sa sentence fut de 9 ans et demi vu ses antécédents pour le même crime et des actes similaires sur 3 autres femmes. Cette victoire là, c’était la mienne et j’ai écrit une lettre le jour de la sentence. J’ai reçu de plates excuses de sa part, mais elle ne m’ont pas touchées. Maintenant, je suis une survivante, une ancienne victime de la traite de personnes. Chaque jour, est un combat car j’ai de grosses séquelles dans ma vie. Malgré tous cela, je voudrais que mon histoire serve de modèle, n’importe qui peut s’en sortir, il suffit de tendre la main aux organismes qui sont là pour vous. Je ne venais pas d’une mauvaise famille, j’étais comme votre sœur, votre amie, votre voisine, à qui cela pourrait arriver car la prostitution n’a pas de préjugé elle nous prend toutes. « 

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