– Pourquoi des féministes ignorent-elles les femmes exploitées sexuellement ?

Pourquoi des féministes ignorent-elles les femmes exploitées sexuellement?

par Laura MCNALLY

The Daily Telegrah, le 8 août 2016

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Lorsqu’il est question du problème du trafic et de l’exploitation sexuels des enfants, le féminisme néolibéral est dans le déni. (Pic: Paula Bronstein/ Getty Images)

« Féminisme ». L’expression en soi semble attiser la controverse et la division.

Indépendamment de la diversité d’opinions existantes, il est indéniable que le féminisme a eu un impact sur la société. Plus précisément, les mouvements politiques féministes ont été liés de façon évidente à l’amélioration de l’égalité entre les sexes sur une grande quantité de problématiques et ce, partout sur la planète.

Pourtant, toutes les problématiques ne sont pas aussi importantes aux yeux des expertEs en égalité.

Considérons par exemple l’un des problèmes des plus urgents auquel doivent faire face les divers quartiers de l’Asie du Sud-Est.

Tim ‘’Sharky’’ Ward est un proxénète Australien bien connu. Il vit à Pattaya en Thaïlande. Sharky se vante fièrement sur internet de ses exploits de proxénète abusant de jeunes filles et de femmes Thaïlandaises. Sharky ignore peut-être que plusieurs des êtres humains dans l’industrie du sexe Thaïlandaise sont en fait des femmes et des enfants issus de minorités ethniques délocalisées. De plus, des chercheurs Thaïlandais estiment que jusqu’à 40% de l’industrie du sexe est en réalité de l’exploitation sexuelle d’enfants.

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Tim « Sharky » Ward. (Pic: Supplied/Facebook)

Nous pourrions nous attendre à ce que les fans de Sharky soient les plus gros losers de la planète. Cependant, Sharky serait étonné d’apprendre que ses plus grands fans sont, non pas des gros losers, mais des féministes néolibérales.

Quand il est question du problème du trafic sexuel d’enfants, le féminisme néolibéral est dans le déni. En fait, selon la plupart des travaux des féministes néolibérales pro prostitution, le trafic sexuel serait surestimé – ou il n’existe simplement pas – du moins pas en Australie.

En effet, des groupes « féministes » australiens se voient accordés une quantité impressionnante de financement afin de promouvoir l’idée que le trafic sexuel est un non-problème. Apparemment, les femmes qui « travaillent » dans l’industrie du sexe, y compris celles issues des minorités ou fillettes, le font presque toujours par choix personnel, et non par manque d’alternatives.

Si l’on se fie à une conférence « féministe » fortement publicisée récemment, l’exploitation sexuelle n’est pas problématique, mais attirer l’attention sur l’exploitation l’est. Durant cette conférence, la problématique de l’exploitation a complétement été évitée, et encore plus déplorable, un panel a mentionné qu’il est en quelque sorte raciste de dire que l’exploitation sexuelle toucherait davantage les minorités ethniques.

Que des millions d’enfants soient affectés par l’exploitation sexuelle semble être sans conséquences. L’idée étant rejetée par les féministes néolibérales comme étant une surenchère de pudibonderie.

Or, l’emphase mise sur les immenses conséquences de la prostitution ne peut pas être trop grand. Par exemple, à Manille, où la faim des enfants vivant dans la rue est palpable, 80 % du quartier ‘red light’ de Angeles City appartient à des propriétaires Australiens. Les touristes sexuels occidentaux et les pédocriminels paient ici une prime supplémentaire pour obtenir des actes sexuels sans protection. L’existence de centaines d’enfants nés de pères Australiens clients de ces bordels a été bien documentée.

495f689685c33b0b8961c0667d223434Selon la plupart des féministes néolibérales, l’exploitation sexuelle est grandement exagérée. Elle n’existe simplement pas, du moins pas en Australie. (Pic: iStock/Getty Images)

Des féministes néolibérales et quelques défenseurs des droits de l’homme avancent que les femmes dans la pauvreté ont l’occasion d’améliorer leur situation en entrant dans le commerce du sexe. On sait au contraire que l’expansion de cette industrie enlise davantage de femmes dans le cycle de la violence et de la pauvreté. Au lieu d’ouvrir sur de nouvelles possibilités, les femmes prises dans cette industrie ont plutôt beaucoup plus de chances de mourir avant 40 ans, à cause des violences et des maladies qui les affectent.

Néanmoins, selon les philosophes de salon du monde moderne, cette situation serait avantageuse.

L’absence quasi totale d’alternatives pour celles qui se retrouvent dans le commerce sexuel est suffisamment décourageante en soi. Que des « féministes » ‘’alliées’’, qui prétendent avoir la cause des femmes désavantagées à cœur, prennent en dérision l’idée d’exploitation sexuelle, et ce, tout en buvant leurs bouteilles de Merlot en mangeant leurs steaks de wagyu dans des restos branchés en encaissant leur chèque de paye célébrant leur défense des femmes, vient ajouter l’insulte à l’injure.

Dans le féminisme néolibéral australien, il semble de bon ton de discuter de la prostitution de luxe. Il est également acceptable de publiquement calomnier les femmes dont les opinions diffèrent, et même de les étiqueter de ‘salopes’ pour leurs visions politiques. Il demeure tout de même inacceptable de faire des femmes et des filles exploitées une priorité…

C’est grâce à l’acharnement de ces féministes néolibérales que l’exploitation sexuelle des enfants a été renommée ‘enfants travailleurs sexuels / travail sexuel de mineurs’ et que des gros proxénètes comme Sharky sont transformés en pauvres gérants à plaindre qui devraient avoir accès à plus de protection légale et à une meilleure visibilité médiatique !

Alors que le grand public est encore mal informé ou non conscient des fondements de l’exploitation sexuelle, les « féministes » néolibérales se prétendent bien informées et utilisent cette prétendue information pour enfoncer les plus vulnérables.

Si nous cherchions à trouver les personnes qui sont les moins portées à se préoccuper des filles exploitées ici ou à l’étranger, ce serait celles qui ironiquement se disent avec la plus grande véhémence des défenseures de l’égalité. »

Laura McNally est psychologue, auteure et candidate au Doctorat. Vous pouvez la suivre sur Twitter à @LauraGeneM

 Version originale : http://www.dailytelegraph.com.au/rendezview/why-are-feminists-ignoring-the-sexuallyexploited/news-story/6f87a86385ddc94f58c5cc3ba0676f99

TRADUCTION : Claudine G. pour RESSOURCES PROSTITUTION

Note du Collectif : cette dénonciation des « féministes » néolibérales supporters de l’industrie du sexe ne concernent pas seulement les australiennes. Partout dans le monde riche et développé des « féministes » privilégiées font l’apologie de la prostitution, la pornographie ou la location d’utérus des femmes pauvres : qu’elles soient françaises, allemandes, nord américaines, etc, etc.

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