– « L’industrie du sexe s’est organisée en tant que groupe de pression »

« Un syndicat illégitime »

par Marie Michaud

survivante et membre du CAFES

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« L’industrie contemporaine du sexe est née au milieu des années 1970 pendant la guerre du Vietnam. Les États-Unis avaient fait construire pour leurs soldats de grands complexes bordeliers a Pattaya et à Bangkok en Thaïlande. Ces complexes récréatifs ont été édifiés en 1967 en vertu d’un accord passé entre le gouvernement de la Thaïlande et l’armée des États-Unis après la guerre a commencé à accueillir la première vague de tourisme masculin. D’anciens soldats venus des États-Unis ont acquis des cafés et des maisons de thé à Bangkok et ont fait fonctionner des boites de nuit et des bordels. Les lois réprimant la pornographie ont été supprimées dans de grandes partie du monde capitaliste ce qui a ouvert la voie au développement d’un gigantesque marché et c’est à cette époque que des lieux de prostitution comme le red light district à Amsterdam et la reeperbahn à Hambourg se sont transformés de simples coins de rue douteux en des quartiers entiers dévolus au sexe avec des clubs de danseuses nues, des sexshops et des cinémas pornographiques.

En 1970, un grand nombre de groupes politiques ont vu le jour et des mouvements ont été crées pour défendre l’égalité des sexes et la libération des gays. Plusieurs organisations ont pris positions à propos de la prostitution. Selon toute vraisemblance, un seul de ces mouvements a réussi à obtenir un appui économique, aussi bien de la part de l’église que des magazines pornographiques. Il s’agit du mouvement État-Uniens Coyote.

Coyote a été créé en 1973, né des segments les plus libéraux du mouvement hippie, cette organisation professait l’idée que la prostitution était une expression de la liberté sexuelle. Coyote était composé d’un mélange de libéraux sexuels, de beatniks et de femmes ayant eu une expérience de la prostitution. Parmi ses dirigeantes toutefois, il y avait également des proxénètes notoires qui utilisaient l’organisation pour élargir leur marché. Très vite l’église méthodique de Californie et le magazine Playboy ont financé Coyote. L’organisation a grandi rapidement. En huit ans d’activité, elle prétendait avoir recruté 30 000 membres mais cachait que seul trois pour cent était des prostituées. Malgré tout le mouvement était systématiquement désigné comme première organisation nationale pour prostituées et syndicat de « putes ».  Le terme travailleur-se du sexe a été inventé par la dynamique Priscilla Alexander de Coyote. Une fois la figure de « la pute » solidement installée dans le paysage médiatique par ce moyen, elle a acquis de l’influence, notamment au niveau politique. Alexender a ensuite été embauchée par l’organisation mondiale de la santé et a pu, de cette façon, contribuer à l’élaboration de la politique de l’OMS sur la prostitution. L’accent a été mis sur la légalisation de la prostitution en tant que travail.  Coyote a lancé des slogans comme ‘’travail du sexe un métier de femmes qui doit être reconnu’’ et ‘’le droit de se prostituer’’. À compter de cette époque de plus en plus d’arguments se voulant féministes furent développés au profit de la prostitution.

L’expression « travail du sexe » est couramment utilisée aux Pays-bas depuis les années 80 et le gouvernement néerlandais a financé différents projets visant à normaliser la prostitution et ainsi, semble-t-il, combattre le VIH. Le mouvement pro travail du sexe est effectivement devenu une force internationale importante grâce à l’épidémie de Sida vers la fin des années 90. La recherche de solutions pour l’enrayer permettait d’obtenir d’importantes subventions de la part des gouvernements, et des organisations internationales pro travail du sexe ont donc mis sur pied des projets de prévention basé sur la réduction des méfaits. Avec ces fonds, de petites associations et groupes favorables à la prostitution pouvaient devenir de véritables réseaux internationaux composés de travailleurs sociaux et de bénévoles. Coyote a immédiatement reçue 50 000 dollars pour financer son projet de formation de prostituées en matière de sexe. Le « network of sex work project » a été mis en place en 1993 grâce a ces fonds et divers gouvernements et fondations l’ont financé.

Aujourd’hui, ce réseau existe dans quarante pays et s’active surtout à former les prostituées à l’utilisation sécuritaire du préservatif, aux façons d’être prostituée de la façon la moins dangereuse qui soit et à la normalisation de la prostitution en tant que travail. Plutôt que de remettre en question l’existence et la raison d’être de la prostitution, de nombreux gouvernements et différentes organisations internationales ont choisi de soutenir le système prostitutionnel, et des mouvements ayant une attitude favorable face à la prostitution ont reçu des millions pour enseigner le « sexe sans risque » et faire du lobbying pro travail du sexe. Il n’existe pas dans les circonstances actuelles d’obstacles légaux pour la création d’une organisation syndicale, pas plus d’ailleurs que pour le paiement des impôts. La revendication de la légalisation de la prostitution est parfaite pour l’industrie du sexe, c’est à dire les propriétaires de bordels, les entremetteurs, les proxénètes et les personnes qui tirent des profits de cette industrie.

Peu de personnes se sont données la peine de savoir s’il existait réellement des syndicats de prostituées, ce qu’ils faisaient en tant que ‘’syndicat’’ et qui était derrière ces dites organisations syndicales. Dans les faits, il n’y a pas d’employeurs avec qui négocier différentes demandes et conditions de travail et cette idée de syndicat du travail du sexe n’est rien d’autre qu’un autre moyen de faire valoir la prostitution en tant que travail.

« Les putes », un mouvement né à Paris, dit être une organisation indépendante unique ouverte aux prostituées. Le but de cet organisation est d’instaurer un système semblable à celui qui existe aux Pays-bas où la prostitution est considérée comme un travail. Dans le manifeste « fière d’être pute » ont lit, en réponse aux arguments abolitionnistes prétendant l’inverse, ‘’nous n’avons pas de proxénètes, nous n’avons pas été violées étant enfant ni plus tard, nous ne somme pas des droguées’’. Elles qualifient de « putophobes » des féministes reconnues comme étant abolitionnistes de la prostitution et les discréditent de diverses façons.

Peu de gens ont tenté de savoir qui est derrière cette organisation et la plupart considèrent que ce mouvement est important et significatif de la réalité des femmes prostituées, mais les abolitionnistes ne sont pas d’accord, d’où cette ‘’guerre’’ que leur fait l’industrie du sexe, sous le couvert d’organisations de défenses des « putes ».

Comme dans bien d’autres organisations semblables, peu de femmes sont effectivement actives dans la prostitution, et la légalisation de la prostitution est présentée comme étant la solution aux dangers qui y sont reliés. Dans les faits peu de femmes prostituées sont réellement indépendantes, la grande majorité devant verser des montants forfaitaires à au moins une personne, souvent liée au crime organisé.

Selon une étude du Mouvement du nid, une organisation de soutien aux personnes prostituées prônant l’abolition de la prostitution, 95 pour cent des prostituées en France sont contrôlées par un ou plusieurs proxénètes.

Le strass est une autre organisation s’allouant le titre de syndicat, or, il ne s’occupe aucunement de questions syndicales, mettant surtout ses énergies à défendre l’industrie du sexe et la légalisation de la prostitution. Disant compter 500 membres (chiffre avancé en 2012), la plupart aussi membres Des Putes, il permet à l’industrie du sexe de ne pas avancer à visage découvert depuis la fin des années 80, mais de le faire sous le couvert d’une organisation défendant les intérêts des femmes concernées.

L’industrie du sexe s’est organisée en tant que groupe de pression plutôt qu’en tant que commerce d’exploitation, ce qui lui a permis d’évoluer sans que cet aspect n’apparaisse évident, même s’il l’est pour la plupart des femmes y ayant cheminé et en étant sorties, et pour celles qui y sont encore prises.  Nul discours et échanges ne peuvent être fertiles entre ces groupes et les groupes abolitionnistes de la prostitution, qu’ils intimident souvent lors de rassemblements et de réunions, ainsi que sur internet, ce qui a pour effet de faire taire plusieurs survivantes abolitionnistes qui aimeraient militer mais n’osent pas, déjà fragilisées par leur vécu prostitutionnel.

Plusieurs aspects de l’industrie du sexe ne sont pas ce qu’elle semble être. Les syndicats ne sont pas des syndicats, les groupes de défenses pour les prostituées rassemblent aussi des propriétaires de bordels et, le plus frappant, le discours sur les droits des travailleuses du sexe ne vise pas à changer la prostitution en soi. Ce discours ne s’adresse pas aux hommes qui achètent du sexe pour qu’ils comprennent qu’elles méritent le respect mais s’apparente davantage à un récit féministe trompeur et dirigé contre le féminisme.

Conséquemment, la réalité de la prostitution se retrouve enjolivée et  le féminisme est dénigré et dépeint comme s’il agissait contre lui-même ou pour que les femmes deviennent plus fortes et non égales aux hommes. Ce discours a réussi à troubler les féministes, certaines se sont senties incapables de continuer à lutter contre la prostitution. Parmi les personnes portant ce discours masculiniste, le trait le plus commun est sans doute l’incapacité à se responsabiliser face à la conscience de la misère des femmes dans la prostitution.

Un taux de mortalité quarante fois supérieur à la moyenne et des violences de plus en plus démontrées ne sont pas normaux au sein d’un emploi syndicable et la légalisation ne constitue pas une protection contre cette violence, au contraire.

Qu’ils soient regroupés sous forme de syndicats, d’unions, d’alliances ou d’autres associations de mouvement de défense pour les prostituées, ces groupes sont une arnaque servant surtout à manipuler la masse afin de légitimer et de banaliser l’industrie du sexe. Cela donne plus de pouvoir au proxénètes et aux prostitueurs et ne donne en rien plus de pouvoir aux femmes prise dans cette pratique, peu importe les raisons qui les y ont emmenées.  La décriminalisation totale donnerait peut-être accès à des avantages syndicaux mais bien peu d’intéressées y participeront afin de conserver un anonymat qui donne un semblant de sécurité ce qui est facile à comprendre. Cela est démontré clairement dans les pays ou la prostitution est légalisée.  Les femmes ne se déclarent que très peu et les conditions de vie des femmes prostituées ne se sont pas améliorées puisqu’elles doivent concurrencer l’industrie qui y trafique des femmes à moindre coût et qui y fait preuve d’une violence plus accrue pour soumettre les femmes aux désirs toujours plus violents des hommes. »

Marie Michaud d’après :

Source : enquête de Kajsa Ekis Ekman : L’être et la Marchandise

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