– « J’ai commencé à danser à 25 ans… » témoignage de Marie, survivante.

« J’ai commencé à danser à 25 ans… »

témoignage de Marie, survivante.

12020059_10153502287515973_517482761289814347_n(photo d’illustration choisie par Marie)

« J’ai commencé à danser à 25 ans. J’étais en lien avec des agences qui m’envoyaient dans différents bars et il m’arrivait aussi de m’introduire seule à des propriétaires de bars, ce qui m’a permis de connaître le bar/motel à gaffe ‘’Au bar du Lac’’, à L’épiphanie, dans Lanaudière. Les agences n’envoyaient pas les filles la bas, on m’a dit que ça faisait trop de troubles et que le bar payait mal les agences, mais j’y suis allée moi-même, parce que les agences ne me ‘’bookait’’ pas toujours assez pour que je puisse subvenir à mes besoins.

Un soir, je faisais pas mal d’argent et les filles régulières sont devenues jalouses. Elles se sont mises à trois ou quatre pour me ‘’bitcher’’ et je me suis permis de leur répondre et de ne pas me laisser tabasser lorsqu’elles s’y sont mises. Lorsque le gérant à constaté ce qui se passait, il est arrivé par derrière et m’a prise par le cou en m’étranglant. Après quelques minutes ainsi, à tenter de me déprendre et de respirer, il a repris ses esprits lorsqu’une fille lui a crié de me lâcher. Il l’a fait en s’emparant de mon téléphone, probablement pour que je n’appelle pas la police. Il m’a appelé un taxi et m’a dit de ne jamais revenir. J’ai raconté cette expérience à un ami qui vivait dans ce coin et il m’a relaté qu’une connaissance à lui qui avait été danseuse à ce bar avait vécu pire. Elle avait été kidnappée, violé et séquestré pendant deux jours, ses parties génitales auraient été mutilées et elle aurait été laissée pour morte devant chez elle ensuite. Elle n’a jamais eu le courage de porter plainte et ne s’en remet pas, évidemment.

Beaucoup d’histoires du genre sont racontés à propos de bar de banlieue et de campagne, et plusieurs études exposent clairement le fait que la majorité des danseuses sont sous l’emprise d’un proxénète ou à la merci d’agences qui les placent ‘’là ou elles fittent, selon des critères tel que l’âge, l’apparence, la race et l’expérience’’.

Il y a une omerta qui règne à propos de ce qui se passe réellement dans les bars de danseuses, salons de massage et agences d’escortes, que ce soit à cause de l’argent ou des bénéfices sexuels que certains en retirent, de la peur que d’autres vivent à l’idée de parler ou du manque de conscience de ceux et celles qui n’auraient rien à risquer ou à perdre mais qui préfère ‘’ne pas s’en mêler’’. Le Bar du lac à l’Épiphanie est un de ces bars, mais plusieurs autres sont gérés de la sorte, par la violence, la peur et l’argent, et avec comme seule sécurité la surveillance des propriétaires qu’il faut gâter à leur convenance en échange.

Le Bar du lac est toujours en activités alors qu’il serait facile pour les forces de l’ordre de démontrer qu’il doit être fermé pour la protection des femmes qui y sont prises. C’est aussi le cas de beaucoup de salons de massage et d’autres bars à gaffe qui pourtant, demeurent ouverts, exposants presque publiquement la violence qui y sévit… À se demander si certains parmi ceux et celles qui dirigent les enquêtes et prennent les plaintes ne bénéficient pas aussi de l’existence de ces endroits sordides ou ne sont pas aussi sous l’emprise de cette industrie qui, on va se le dire, est presque partout… »

Marie est une survivante québécoise, membre du CAFES

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