– Prostitution : « rétablissement et personnes toxiques » par deux survivantes du CAFES

RÉTABLISSEMENT ET PERSONNES TOXIQUES…

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Écrit par deux survivantes québécoises de la prostitution, réunies par le Collectif d’aide aux femmes exploitées sexuellement (site internet : CAFES) (vous pouvez aussi aimer leur page FB : https://www.facebook.com/lecafes)

Le collectif Ressources Prostitution est touché de cet honneur et profite de l’occasion pour remercier toutes les survivantes avec qui nous travaillons, pour leur confiance, patience et présence…

« Parfois les circonstances font que nous devons faire des choix déchirants pour nous épargner des misères ou pour épargner les personnes qui nous sont chères. Nous avons eu un jour à choisir les solutions les moins pires parmi un tas de solutions que nous ne souhaitions pas envisager mais qui nous semblaient les seules…

Nous n’avons pas choisi la prostitution, nous y avons basculé, suite à divers événements et nous nous y sommes brûlées, peu importe comment, c’est pour ça que nous en sommes sorties pour certaines, que nous souhaitons en sortir pour d’autres… À ceux qui jugent, humilient et menacent les femmes prostituées qui ne souhaitent plus l’être et ne se plaisent pas dans la prostitution, les femmes qui en sont sorties et qui souhaitent la combattre et les féministes abolitionnistes de prostitution, qui êtes-vous pour faire ça? Qui êtes-vous pour juger nos ambitions et motivations profondes? Vous ne savez pas les routes qu’il nous a fallu traverser, les relations instables ou toxiques qui nous ont rongées et nous rongent encore pour certaines, l’énergie qu’il nous faut déployer pour être encore capable d’apprécier la vie. Par chance, si nous sommes encore là, c’est que cette vie que nous avons détestée et détestons encore parfois a souvent mis les bonnes personnes sur notre chemin et que ces personnes ont su rallumer notre envie de vivre malgré d’autres personnes manipulatrices qui elles, souhaiteraient qu’on patauge toute notre vie dans la bouette.

Ces personnes, bien que minoritaires, existent. Celles qui ne nous estiment pas et croient vraiment que la seule chose qu’on peut faire, c’est d’être dans la prostitution ou dans l’industrie du sexe, celles qui croient qu’on ne fera jamais rien d’autre et qui aimeraient qu’en nous donnant de l’argent ou des biens, en nous payant de l’alcool ou des drogues, il soit encore possible de profiter de nous a tous les niveaux.

Ces personnes qui nous manipulent et nous attaquent après que nous ayons osé nous confier à elles, ces personnes qui ont l’audace de venir nous dire vouloir nous aider. Ces personnes ont une mentalité de proxénète qui empoisonne l’existence de sa proie pour mieux détruire ses efforts personnels, ces efforts faits pour sortir de l’engrenage de la prostitution, pour apprendre à s’entourer de personnes qui nous font grandir et qui nous encouragent dans la voie qu’on suit. Ces personnes sont toxiques et elles nuisent à notre rétablissement, que ce soit ou non volontaire.

Car c’est sans doute un des secrets de ce long processus qu’est celui de la sortie de la prostitution, qui, loin d’être un métier, est une activité qui nous tue à petit feu. Se tenir loin des personnes toxiques et se coller à celles qui veulent vraiment notre bonheur, qui nous acceptent comme nous sommes et qui croient en notre potentiel de faire autre chose. Heureusement pour plusieurs d’entre nous, il n’a fallu et ne faut encore souvent qu’un bon souffle sur la braise du feu qui nous brûlait pour rallumer l’espoir en nous, mais pour celles qui s’y brûlent encore et parce que ça nous aide à en demeurer éloignée, malgré l’adversité, nous continuerons de lutter. Nous sommes tous et toutes responsables de ce que nous semons et nous, nous souhaitons semer l’espoir. Il est possible de sortir de la prostitution, de se reconstruire après la violence et d’être bien, même après avoir été si mal.

Merci à ceux et celles qui nous soutiennent. »

Manon Michaud et Rose Sullivan, juin 2015.

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