– Amnesty International…Le nouveau meilleur ami de l’industrie du sexe

Amnesty International…Le nouveau meilleur ami de l’industrie du sexe

par Simone Watson, directrice, et Bronwyn Williams, membresse,

de Nordic Model Australia Coalition (NorMAC)

13 juillet 2015

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« Le Projet de politique sur le travail du sexe récemment publié par Amnesty International, pour considération de la 32e Réunion du Conseil International (RCI) de l’organisation à Dublin, du 7 au 11 août de cette année, est une farce au plan des droits de la personne.

Loin d’offrir un document de politique général et bien documenté, Amnesty a déposé un document bâclé et incolore, sans doute rédigé par un laquais inconditionnellement dévoué au politiquement correct et excellant dans l’esbroufe verbale répétitive.

Le vocabulaire de cette ébauche de politique se résume à des effets stylistiques, sans aucune substance.

La politique proposée reconnaît que «des facteurs systémiques et des circonstances personnelles liées à la pauvreté, la discrimination et l’inégalité entre les sexes peuvent avoir une incidence sur les décisions de certaines personnes à faire du travail du sexe», mais affirme néanmoins avec insistance que les travailleurs du sexe disposent d’«agentivité» et de «choix»  lorsqu’elles entrent dans le travail du sexe».

Outre le fait que c’est la plupart, et non «quelques» personnes (essentiellement des femmes) qui entrent dans la prostitution en l’absence d’autres choix, l’affirmation désinvolte de leur «agentivité» par Amnesty est condescendante à l’extrême. Ils disent aux milliers de femmes contraintes à la prostitution par ces circonstances que, même si elles sont pauvres et qu’elles souffrent de discrimination, elles possèdent au moins une «agentivité».

Amnesty ne devrait-elle pas s’occuper davantage de veiller à ce que les femmes disposent de choix réels, d’une véritable agentivité, en tenant compte de la pauvreté sous-jacente, de la discrimination et du manque d’instruction qui précipitent les femmes dans la prostitution?

Son projet politique omet également d’appuyer des alternatives législatives au « travail du sexe », en particulier le modèle nordique : un modèle qui dépénalise les travailleurEs du sexe, mais criminalise ceux qui achètent ou facilitent l’achat de « services » sexuels – les prostitueurs, les proxénètes et les propriétaires de maisons closes.

Ce modèle fait l’objet d’une allusion oblique dans la proposition de politique, qui le décrit comme une «criminalisation excessive des aspects opérationnels du travail du sexe», et une «criminalisation indirecte» des travailleurs du sexe. Le fait de décrire les pratiques des proxénètes et des propriétaires de bordels comme des «aspects opérationnels du travail du sexe» pourrait sans doute remporter la palme du summum de l’euphémisme. Nous pourrions tout aussi bien arrêter d’appeler un chat un chat et commencer à en parler comme d’un plantigrade à caractère domestique.

Et quelle est, exactement, cette «criminalisation indirecte» prétendument inhérente aux mesures législatives du modèle nordique? La politique projetée dit appuyer cette assertion sur l’arrêt de la Cour suprême du Canada dans la cause Canada c. Bedford 2013 CSC 72. Dans cette décision, certains articles du Code pénal canadien relatifs à des maisons closes ont été menacés d’abrogation à titre de violation inconstitutionnelle des droits des travailleurs du sexe à la sécurité de la personne.

La question a été examinée en détail et l’«abrogation» éventuelle des dispositions incriminées a été suspendue pendant 12 mois pour permettre au gouvernement du Canada de traiter les questions soulevées en modifiant la législation en question. Il l’a fait en instaurant (en décembre 2014) des lois reformulées qui reflétaient de près le modèle nordique.

Dans le préambule de l’arrêt de la Cour suprême, il a été noté que l’État avait une obligation constitutionnelle à l’égard de toutes les personnes en ce qui était d’assurer leur sécurité personnelle. Cependant, il a été précisé que «Bien que certaines prostituées puissent correspondre au profil de celle qui choisit librement de se livrer à l’activité économique risquée qu’est la prostitution (ou qui a un jour fait ce choix), de nombreuses prostituées n’ont pas vraiment d’autre solution que la prostitution» et que «le comportement des proxénètes et des clients est la source immédiate des préjudices subis par les prostituées» (voir https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/13389/index.do).

Natasha Falle, ex-prostituée, a fait valoir que 97% des femmes prostituées ne se livrent pas à cette activité de leur plein gré…

Réagissant à l’arrêt Bedford, l’ex-prostituée Natasha Falle a noté que 97% des prostituées n’entrent pas dans la prostitution de leur plein gré, et que «les voix de l’immense majorité des femmes qui veulent sortir de la prostitution sont étouffées par la voix de quelques personnes». (voir: https://en.wikipedia.org/wiki/Canada_(AG)_v_Bedford).

D’ailleurs, la décision rendue dans Bedford ne constitue pas exactement une approbation sans réserve de la politique de décriminalisation proposée par Amnesty. Ce n’est pas non plus un exemple convaincant des déficiences prêtées aux lois axées sur le modèle nordique. De plus, l’arrêt Bedford fait un usage libéral des mots «prostituée» et «prostitution»… comment telle chose a-t-elle pu échapper à la police du langage « politiquement correct » à Amnesty?

En deux mots, la politique proposée par Amnesty rejette catégoriquement les lois qui criminalisent l’achat de sexe, sous prétexte qu’elles compromettraient la sécurité des travailleuses du sexe. Elles le font en l’absence de tout élément probant ou analyse digne de ce nom.

En fait, c’est l’ensemble du document de politique proposée qui manque de rigueur académique.

Les prétendues recherches d’Amnesty sur le travail du sexe dans quatre territoires disparates semblent ne comprendre rien de plus que des éléments anecdotiques, avec seulement quelque 80 travailleurs du sexe interrogés au total, ce qui est loin de constituer un échantillon représentatif. En outre, il ne semble pas que des survivantes de la prostitution aient été interviewées.

Le document de politique mentionne l’«impunité» offerte aux auteurs d’agressions contre les travailleuses du sexe par des régimes législatifs qui criminalisent certains ou tous les aspects du travail du sexe, y compris les lois inspirées du modèle nordique. Mais en dépit de ce souci apparente de l’impunité des auteurs de telles agressions, le projet de politique échoue complètement à envisager la moindre mesure législative qui irait dans le sens d’une imputabilité systémique de tels agresseurs (qui sont habituellement des hommes).

Le projet de politique perpétue également plusieurs autres notions simplistes sur le travail du sexe – par exemple, l’idée qu’un travail sexuel consensuel est facile à distinguer du « travail du sexe » subi par des femmes victimes de la traite, cette situation devant certainement être criminalisée. Et celle qu’exploiter un enfant dans la prostitution doit également être une infraction pénale.

Amnesty définit l’enfant comme une personne de moins de 18 ans, mais la politique proposée passe sous silence une question très évidente – comment une personne qui est dans la prostitution peut-elle passer en une journée du statut de quelqu’un qui doit être protégé contre l’exploitation avec toute la rigueur de la loi, à celui de quelqu’un qui dispose d’une autonomie totale à s’engager dans ce travail?

Le projet de politique sur le travail du sexe est rien de plus qu’une série de «déclarations pieuses» sur les droits humains des travailleurs du sexe, et sur la façon dont des États souverains du monde devraient œuvrer à la promotion de ces droits en donnant aux travailleurs du sexe les mêmes droits et recours au travail que tout autre ouvrier.

Mais rien dans la politique n’aborde véritablement la réalité de la prostitution : celle-ci prend naïvement pour acquis que la décriminalisation du travail du sexe va réussir à réduire les nombreux méfaits de la prostitution, y compris la violence et l’avilissement que subissent quotidiennement des femmes prostituées dans le monde entier, et que le travail du sexe deviendra dès lors tout à fait légitime. Et elle s’en tient à ces préjugés en dépit des éléments de preuves disponibles dans les territoires qui ont opté pour le modèle de décriminalisation.

Par exemple, les autorités gouvernementales locales de l’État de New South Wales – où la prostitution est décriminalisée – ont du mal à assurer la fonction régulatrice que leur impose un gouvernement de l’État qui a abdiqué toute responsabilité pour le commerce du sexe. Récemment, un conseil de Sydney a été contraint d’embaucher un enquêteur d’infiltration pour entrer dans un «salon de massage» local et se prévaloir des services offerts afin de témoigner qu’un bordel illégal opérait sur les lieux. Incroyablement, le tribunal a statué qu’une instance du sexe pratiqué sur les lieux ne suffisait pas à identifier un bordel, ce qui signifie que le conseil devrait envoyer plusieurs enquêteurs sur les lieux simultanément pour pouvoir démontrer ses dires.

Cette exigence est évidemment absurde, et un gaspillage inadmissible de l’argent des contribuables, mais le conseil est dans la position peu enviable d’avoir à traiter avec de constantes plaintes concernant un bordel qui fonctionne clairement en dérogation de la réglementation locale – à deux pas d’une école primaire et à 50 mètres d’une école secondaire de filles.

Nous pouvons seulement espérer les 450 délégué.e.s d’Amnesty qui se rendront à la réunion de leur Conseil international exigeront de meilleures preuves et un examen plus large de solutions de rechange avant de voter sur la politique proposée concernant le « travail du sexe ».

Avec son échec lamentable d’AI à traiter le volet de la demande dans sa discussion des « contrats de travail du sexe », on se demande précisément à qui bénéficiera la politique proposée. Et qui pousse pour promouvoir la prostitution comme un travail comme un autre, étant donné que près de 60 pour cent des sections d’Amnesty International n’ont pas soumis de réaction à la proposition initiale d’une politique de dépénalisation du travail du sexe?

L’ensemble des membres d’AI appuie-t-il cette politique?

Il nous faut demander pourquoi le Conseil international d’Amnesty continue de poursuivre agressivement l’adoption d’une position politique pro-prostitution. »

Communiqué de presse de Simone Watson

La proposition de position d’Amnesty : Circular_18_Draft_Policy_on_Sex_Work_final.pdf

Un premier commentaire :

« Le report en toute dernière minute de la publication de ce projet de politique sur le travail du sexe, juste avant la réunion du Conseil international à Dublin le 7 août, est le type d’action auquel on s’attend plus de la part de gouvernements que venant d’une organisation mondiale des droits humains. Pour ajouter l’insulte à la blessure, les membres d’Amnesty ont reçu par courriel le 10 juillet un sondage sur des enjeux politiques, appelé à être soumis au vote à la réunion de Dublin; on ne leur accordait qu’un délai de deux semaines pour remettre ce sondage avant le 24 juillet. Compte tenu que seulement 40% des sections nationales ont précédemment soumis des réponses à la première ébauche de politique sur le travail sexuel, la façon dont l’organisation consulte ses membres au sujet de cette politique est une indication supplémentaire de l’échec des mécanismes de gouvernance et de reddition de comptes à Amnesty.

Avec deux plaintes officielles soumises au Secrétaire générale d’Amnesty International, Salil Shetty, sur la conduite des conseils d’AI et d’AI Australie, y compris en matière de conflit d’intérêts, et sans qu’aucune enquête indépendante n’ait été menée, Amnesty a clairement échoué à être l’organisation transparente à laquelle ses membres et membresses devraient être en mesure de s’attendre. (Isla MacGregor, le 13 juillet) »

Source : http://tasmaniantimes.com/index.php?/weblog/article/amnesty-international-…-the-sex-trades-new-best-friend/show_comments/#sthash.ZgzbuFMb.eyyAFtGv.dpuf

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