– Punish the sex buyers/Sanctionnez les prostitueurs (En/Fr)

Punish the sex buyers
by Cordula Meyer

(traduction française ci-dessous)

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The German government wants to tighten up the Prostitution Act – but why so half-heartedly?

The Grand Coalition wants to end a wrong track, there are to be more rules in the sex trade: in future, brothels must be officially approved, prostitutes have to register with the authorities, the sex buyers have to use condoms. With this tightening of the Prostitution Act, the federal government is trying to eliminate the excesses in the sex trade, which arose after the liberalization of 2002.

But the new law does not go far enough. It hardly contributes to improving the situation of the approximately 200 000 prostitutes, many of whom come from Eastern Europe. It corrects insufficiently what was adopted 13 years ago with the best intentions.

At that time, the Red-Green government created one of the most liberal prostitution laws in the world. Sex for sale was henceforth no longer considered immoral. The women could sue for their wages, they should pay into the pension fund. They should be self-directed service providers in a no longer outlawed, but recognized job.

The government hoped at that time that the trade would thus leave the criminal milieu and give women more security. Not the pimps should profit, but self-confident businesswomen. A good idea.

But it turned out differently. The legalization has fueled the business. New brothels and sauna clubs opened, Germany became the destination of foreign sex tourists. In addition, the lucrative market attracted traffickers who rarely had to fear punishment, for the women whom they brought mainly from Romania and Bulgaria, told the police the tales that had been hammered into them that they are here voluntarily; that they themselves had bought a bus ticket to Germany in order to make money.

For the authorities, it became more difficult to take action against pimps, because pimping was allowed in principle, but not « exploitative pimping » – when the prostitute is economically dependent on her pimp. But how can the police prove that?

The new, legal market also brought forth new business models: flat-rate brothels. « Sex with all the women, as long as you want, as often as you want and how you want. Sex. Anal sex. Oral nature. Group sex. Gang Bang », as an operator advertised. Otherwise, the prices fell as well, sometimes to 30 euros and less. Many women are now living in the rooms where they work and have to serve many men per night. They are often at the mercy of pimps and traffickers.

The new legislative proposal tries half-heartedly to help the women. In theory, they can now insist that the customer uses a condom. In practice, it will probably result in the women being able to charge more money for unprotected sex.

Especially lobbyists and some left-wing politicians are opposed to more far-reaching restrictions in the law. They stick to the reasoning that women have the right to offer their bodies, also as an expression of their self-determined sexuality. They close their eyes to the brutal reality. Of course there are prostitutes who are businesswomen, they are also often invited to talk shows. But they are a minority.

Even if it is legal, prostitution often remains closely linked to human trafficking. When prostitution flourishes, traffickers who provide supplies also make a good deal/business. Only few women are plying this trade voluntarily, ie without economic hardship. Often, they are also driven by other compulsions. The unregulated market just does not create freedom, but helps the stronger ones to enforce their rights. People from the left should know that.

Sweden and also Norway have chosen a way that is quite different from the German one. Who visits a prostitute there, is liable to prosecution. Thus, the countries are trying to curb demand and to withdraw the ground for trafficking. Equally important is the normative character of the law. The message is that it is not socially okay when men buy women for sex.

Of course, such a law can only curb the sex trade. Of course, prostitution will continue, but according to the Scandinavian experiences, nothing suggests that the activity of the women is becoming more dangerous. And it is an asset to every country when there is less prostitution – not from a point of prudery, but because then there are fewer women who are sexually exploited.

Last year, the European Parliament demanded in a resolution that all EU countries should follow the Swedish model. Among them were German MEPs. They should remind the German federal government that Sweden provides a consistent model.

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Original source:

http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-131696247.html

Translation: Tradfem

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Sanctionnez les acheteurs de sexe

par Cordula Meyer

Le gouvernement allemand veut renforcer la Loi sur la prostitution – mais pourquoi le faire si mollement ?

La grande coalition veut mettre fin à une voie erronée, on prévoit plus de règles dans le commerce du sexe : à l’avenir, les bordels doivent être officiellement approuvés, les prostituées doivent se faire enregistrer auprès des autorités, les acheteurs de sexe doivent utiliser des préservatifs. Avec ce renforcement de la Loi sur la prostitution, le gouvernement fédéral cherche à éliminer les excès dans le commerce du sexe, qui ont surgi après la libéralisation de 2002.

Mais la nouvelle loi ne va pas assez loin. Elle ne contribue guère à améliorer la situation des quelque 200 000 prostituées, dont beaucoup viennent de l’Europe de l’Est. Elle corrige insuffisamment la loi adoptée il y a 13 ans avec les meilleures intentions.

A cette époque, le gouvernement rouge-vert a créé l’une des lois plus libérales au monde en matière de prostitution. La vente de sexe n’était désormais plus considérée comme immorale. Les femmes pouvaient intenter des poursuites pour obtenir leur salaire, elles devaient cotiser à la caisse de retraite. Elles devaient devenir des fournisseuses autonomes de services dans un métier qui n’était plus hors la loi, mais reconnu.

Le gouvernement espérait alors que le commerce échapperait ainsi au milieu criminel et donnerait aux femmes plus de sécurité. Ce n’était pas les proxénètes qui allaient en tirer profit, mais des femmes d’affaires confiantes en elles-mêmes. Une bonne idée.

Mais il en a été autrement. La légalisation a alimenté l’industrie. De nouveaux bordels et sauna clubs ont été ouverts, et l’Allemagne est devenue la destination rêvée de touristes sexuels étrangers. En outre, ce marché lucratif a attiré des trafiquants qui craignaient rarement d’être punis, car les femmes qu’ils amenaient en Allemagne, surtout de la Roumanie et la Bulgarie, n’avaient qu’à dire à la police tous les contes qu’on leur avait inculqués : qu’elles étaient ici volontairement, qu’elles avaient elles-mêmes acheté un ticket de bus pour l’Allemagne afin d’y gagner de l’argent.

Pour les autorités, il est devenu plus difficile de prendre des mesures contre les proxénètes, parce que le proxénétisme avait été autorisé en principe, contrairement au seul « proxénétisme exploiteur » – celui où la prostituée est économiquement dépendante de son proxénète. Mais comment en faire la preuve pour la police ?

Le nouveau marché légal a également fait créé de nouveaux modèles d’affaires : les bordels à coût forfaitaire. « Du sexe avec toutes les femmes, aussi longtemps que vous voulez, aussi souvent que vous voulez et comme vous le voulez. Du sexe. Anal. Oral. En groupe. Du viol collectif », comme a annoncé un opérateur. En outre, les prix ont aussi chuté, parfois à 30 euros et moins la passe. Beaucoup de femmes vivent maintenant dans les chambres où elles sont prostituées, devant desservir beaucoup d’hommes par nuit. Elles sont souvent à la merci des proxénètes et des trafiquants.

La nouvelle proposition législative tente mollement d’aider les femmes. En théorie, elles peuvent maintenant insister sur l’utilisation d’un préservatif par le prostitueur. Dans la pratique, cette mesure n’aura probablement pour résultat que la possibilité de demander plus pour du sexe non protégé.

On voit surtout des lobbyistes de l’industrie et certains politiciens de gauche militer contre de plus amples restrictions à la loi. Ils s’en tiennent au raisonnement que les femmes ont le droit d’offrir leurs corps, présentant cela comme une expression de leur auto-détermination sexuelle. Ils ferment les yeux sur la réalité brutale de la prostitution. Bien sûr qu’il y a les prostituées qui sont des femmes d’affaires, elles sont aussi souvent invitées à des talk-shows. Mais elles sont une minorité.

Même si elle est légale, la prostitution reste souvent étroitement liée à la traite des personnes. Quand la prostitution prospère, les trafiquants qui approvisionnent l’industrie font également de bonnes affaires. Peu de femmes exercent cette activité volontairement, à savoir sans y être forcées par des difficultés économiques. Souvent, elles vivent aussi d’autres contraintes. Le marché non réglementé ne crée tout simplement pas la liberté, mais n’aide que les plus forts à faire valoir leurs droits, comme devraient le savoir les gens de gauche.

La Suède et la Norvège ont choisi une voie tout à fait différente du modèle allemand : acheter les services d’une prostituée expose à des sanctions. Ces pays tentent ainsi de mettre un frein à la demande et de retirer un terreau fertile aux trafiquants. Tout aussi important est le caractère normatif de la loi. Le message adressé à la population est qu’il n’est pas socialement correct que des hommes achètent des femmes pour le sexe.

Bien sûr, une telle loi ne peut que limiter le commerce du sexe. Bien sûr, la prostitution va continuer mais, à en croire l’expérience des pays scandinaves, rien ne suggère que cette activité n’en devienne plus dangereuse pour les femmes. Et c’est un atout pour tous les pays s’il y a moins de prostitution – pas pour des raisons de pruderie, mais parce qu’il y a alors moins de femmes qui sont exploitées sexuellement.

L’année dernière, le Parlement européen a demandé dans une résolution à tous les pays de l’UE d’adopter le modèle suédois. Il y avait parmi eux des eurodéputés allemands. Ils devraient rappeler au gouvernement fédéral allemand que la Suède fournit un modèle cohérent.

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Source originale :

http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-131696247.html

Traduction : Tradfem

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