– « Quand le lobby pro prosti panique » par Rebecca Mott, survivante.

Quand le lobby pro prosti panique

Par Rebecca Mott, survivante de la prostitution

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Le lobby de l’industrie du sexe est en grand déploiement cette année.

Leurs mensonges et leur poison prennent d’assaut les médias, prennent d’assaut Internet – et surtout prennent d’assaut les femmes qui ont quitté la prostitution et sont devenues abolitionnistes.

Leurs attaques sont d’une rare violence, mais même si c’est mentalement épuisant, je suis plutôt heureuse que ces gens montrent enfin leurs vrais visages.

Il y a des lobbyistes qui se qualifient de « travailleuses du sexe », en spécifiant qu’elles se louent seulement comme escortes ou dominatrices.

Il y a aussi des professeurs d’université et des chercheur.e.s, qui jouent la carte du « radicalisme ».

Certains se décrivent comme des consommateurs bienveillants de femmes prostituées.

Il y a aussi tous les journalistes qui parlent seulement aux « travailleuses du sexe » quand ils ou elles signent des articles soi-disant objectifs sur la prostitution.

Mais tous ces gens qui parlent de l’intérieur de l’industrie sont, en fait, conservateurs : ce sont des capitalistes qui endossent l’exploitation et ont fait le choix d’être sans cœur.

La plupart des lobbyistes pro-prostitution sont des opportunistes – y compris ce qu’on appelle les « escortes », qui ramènent constamment leurs arguments minables tout en annonçant leurs services, ou en prenant la part des prostitueurs-clients.

Le lobby de la prostitution ne se préoccupe aucunement du bien-être et de la sécurité des femmes prostituées : il en parle seulement pour nier que la violence et la haine sont la norme, la pierre de touche de tout le commerce du sexe.

L’industrie du sexe est violente en soi, elle vise à maintenir le statu quo où les personnes prostituées sont déshumanisées.

Ce lobby appuie un système qui recrute surtout des femmes et des filles vulnérables, pour les transformer en objets à prostituer au moyen de la torture mentale, physique et sexuelle.

Le but de cette torture est de rendre interchangeables les personnes prostituées.

La plupart des femmes se voient étiquetées d’un nouveau nom « sexy » et coupées de leur famille et de leurs proches.

Une fois piégée, la femme prostituée est très souvent déplacée de ville en ville et de fonction en fonction dans l’industrie – jusqu’à ce qu’elle soit trop désorientée pour demeurer consciente de son humanité.

La plupart des nouvelles prostituées sont rompues au commerce du sexe en étant livrées aux prostitueurs les plus sadiques ; les viols collectifs sont pratique courante, comme l’est la menace de les filmer et d’en faire de la pornographie, avec d’horribles tortures sexuelles qui laissent la nouvelle prostituée sans voix.

Voilà ce que promeut le lobby de la prostitution – au nom du « travail du sexe ».

Mais ces gens montrent leur vrai visage par leurs attaques contre les femmes qui ont échappé au pouvoir de l’industrie et qui en disent la vraie nature.

Panique

Le lobby de l’industrie panique, car la prise de parole des survivantes ébranle les fondements même de l’industrie du sexe, en divulguant son aspect infernal.

Il panique parce qu’il n’a pas de réponses à opposer au dévoilement de sa violence, de sa haine et de son vol des droits humains de toutes les personnes prostituées.

Sa seule réponse est de redoubler de cruauté, en accusant les femmes sorties de la prostitution d’être menteuses, ou trop endommagées pour comprendre la vérité.

Il répond avec des insultes, et des menaces tacites ou explicites.

Il répond par le mépris lié au fait de voir toutes les femmes prostituées comme moins qu’humaines, qu’elles aient quitté l’industrie ou soient encore prises dans sa toile.

Ce mépris est exprimé de sang-froid, et dit le droit de posséder et de contrôler pleinement les femmes prostituées.

Pour le lobby de la prostitution, les prostituées sont interchangeables – dénuées d’une véritable humanité – de sorte que ces gens interpellent les femmes qui leur ont échappé en leur lançant des ordres, des menaces, du mépris, de l’incrédulité, avec l’indignation de voir les prostituées oser manifester leur humanité.

Parler en tant que femme sortie de ce milieu, c’est affronter directement le lobby de l’industrie, c’est tenir tête aux gens qui voudraient que nous soyons toutes mortes, bâillonnées ou ramenées de force au commerce du sexe.

Le lobby de l’industrie du sexe va se comporter de manière relativement polie envers les abolitionnistes qui n’ont pas été prostituées.

Ils vont prétendre n’être que des gens réellement préoccupés par la condition mentale et le bien-être des personnes prostituées : assez préoccupés pour améliorer leurs conditions de travail, pour résoudre discrètement, à l’interne, des agressions dites très rares, et assez préoccupés pour aider la prostituée à gagner plus.

Le lobby de l’industrie du sexe brosse aux yeux de la population un bien joli tableau.

Mais sous leur discours se tapit l’espoir que le public ne voie jamais de près la prostitution infligée derrière des maisons closes, intérieure, ou qu’il ne pose jamais de questions de base sur comment et pourquoi tant de femmes et de filles se voient poussées vers le commerce du sexe.

Leur discours est un bluff – qui cache les tortures, cache l’expérience d’être traitée comme moins qu’humaine, cache les niveaux horrifiants de morts précoces et de disparitions dans l’ensemble de l’industrie du sexe.

Ne vous laissez pas bluffer – voyez plutôt le poignard que gardent au cœur toutes les femmes sorties du milieu et apprenez à bien entendre leurs voix authentiques.

Original : http://rebeccamott.net/2015/04/29/running-scared/

Traduction : TRADFEM

Copyright Rebecca Mott, avril 2015.

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