– QUI SONT LES « PUTOPHOBES » ?

 QUI SONT LES « PUTOPHOBES » ?

Un coup de plume de Sporenda

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Pendant le procès du #Carlton nous avons eu droit à un épandage d’ordures misogynes dans Le Point, sous la plume de Patrick Besson, plumitif has been qui ne présente d’intérêt que si l’on se passionne pour l’étude du nombrilisme exacerbé érigé en genre littéraire.

Même plaidoyer pour DSK dans Marianne, récidiviste en la matière depuis le fameux  « troussage de domestique » de Jean-François Kahn. Et défense encore plus indéfendable de la part d’un ex-communiste et homme de gauche comme Guy Konopnicki.

Ceux qui se désolent des clivages partisans qui divisent la France seront heureux de constater qu’il existe au moins un thème fédérateur qui réconcilie hommes de droite et hommes de gauche : la haine des femmes, particulièrement des femmes prostituées. Besson ose ainsi qualifier DSK d’ « empereur tombé dans la fosse à putains » (jeu de mots sur « fosse à purin »), assimilant les prostituées à des excréments. Et il poursuit son réquisitoire « anti-putes » :

« Procès de la liberté sexuelle où deux prostituées plus ou moins repenties obtiennent des juges comme des medias davantage de considération, d’attention et de compréhension qu’un homme ayant fait l’amour pour son plaisir et non pour l’argent…Dans notre société marchande si morale…il est plus estimable de baiser par intérêt que pour jouir. Mounia et Jade nourrissaient leurs enfants avec le sexe affamé de DSK… Les enfants, la cause sacrée… »

Même son de cloche chez Konopnicki, même répulsion à peine voilée de l’homme BSTR pour cette sous-caste d’intouchables, même discrédit de leur parole subtilement insinué par antiphrase :  » Libération publie donc le témoignage à charge d’une personne digne de confiance, M.A., prostituée de son état, qui accuse DSK d’avoir exigé d’elle une prestation dont elle n’était pas coutumière ». Et il ajoute que les récits de violences sexuelles faits par ces personnes prostituées devant le tribunal sont invraisemblables et ne peuvent être que des affabulations destinées à apitoyer l’audience.

Là-dessus, Besson et Konopnicki sont bien d’accord : une prostituée est une moins que rien, de la racaille, la lie de l’humanité, ces filles sont perverses, menteuses et sales. Si la prostitution existe, c’est à cause d’elles, de leur cupidité, de cette avidité financière qu’elles camouflent en invoquant leurs enfants à nourrir, excuse bidon. Parce que faire l’amour pour de l’argent, c’est bas et immoral. Les clients par contre, sont de braves bougres piégés et salis par ces femmes vénales qui exploitent honteusement leurs « besoins sexuels ».
En clair : si l’on est mû par ses « pulsions », avoir des rapports sexuels tarifés, c’est légitime et excusable, par contre c’est inacceptable si l’on est motivé par l’appât du gain–c’est au nom de cette même distinction casuistique entre sexe désintéressé et sexe « intéressé » que des auteurs victoriens condamnaient déjà les prostituées et excusaient leurs clients il y a 150 ans.

Non Mr Besson, la « saleté » et la perversion dans la prostitution ne viennent pas des prostituées mais des clients, beaucoup estimant même que ce n’est pas la peine de se laver le sexe pour aller voir une prostituée–alors que celles-ci passent leur temps à se doucher et à se récurer pour se débarrasser de la sueur, des odeurs et des sécrétions qu’ils leur imposent.

Et bien évidemment, les pratiques sexuelles plus ou moins répugnantes qui constituent l’essentiel du cahier de charges de la prostitution, ce sont les clients qui les exigent et non les prostituées.

Mais, tout à son cirage de pompes du grand mâle dominant, Patrick Besson ne s’arrête pas à ce genre de détails. Secrètement admiratif des violences sexuelles du si burné DSK (comme beaucoup de ses défenseurs), il devient dithyrambique dans la célébration des mérites intellectuels de celui-ci: « logique lumineuse, presque mathématique des propos de l’accusé », « intelligence solaire, diverse et prenante », on avait l’impression qu’une fenêtre s’ouvrait quand il parlait etc. Mr. Besson confond apparemment fenêtre et bouche d’égout.

Et le héros dont il clame l’innocence, bouffi, malsain, repoussant, exsudant la corruption physique et morale par tous ses pores, incarne au contraire toute l’ordure humaine à laquelle les prostituées doivent servir de déversoir pour gagner leur vie.

Les prostituées étant posées comme sous-espèce intrinsèquement méprisable, les deux compères concluent pareillement leur démonstration dépréciative en affirmant que–par définition– leur parole ne vaut rien, en tout cas rien à côté de la parole d’un homme respectable et puissant comme DSK. Dans la confrontation entre sa version de ce qui s’est passé dans cette affaire du Carlton et celle des prostituées, la vérité se trouve automatiquement du côté de l’homme important—c’est lui qu’on doit croire. Les prostituées, étant femmes ET délinquantes, donc doublement mythomanes, leurs témoignages ne sont qu’affabulations malveillantes destinées à détruire la réputation d’un honnête homme et doivent d’emblée être écartés comme non crédibles.

Face à ces témoignages, on sent que ces deux individus hyperprivilégiés n’en reviennent pas que–pour un bref moment–la parole de femmes prostituées appartenant aux classes inférieures ait eu autant de poids que celle de l’ex-grand patron du FMI. Que l’on puisse une minute accorder une valeur égale à ces deux paroles, ça les indigne, c’est pour eux un scandale absolu, le monde à l’envers: des gueuses qui parlent plus fort que les grands de ce monde et révèlent leurs turpitudes, c’est l’ordre social bafoué, piétiné, la porte ouverte à l’anarchie…

Et comble de leur logique tordue, les clients qui achètent le viol des femmes pauvres sont présentés comme plus moraux et défendables que celles qui le vendent parce qu’elles n’ont rien d’autre pour vivre. Mais bien sûr! Et donc quand un habitant des favelas vend son rein à un patient « upper middle class » américain, ou quand une femme indienne loue son utérus à des occidentaux en mal d’enfants, ce sont eux qui se montrent bassement intéressés et cupides, et exploitent sans vergogne les faiblesses des riches. Salauds de pauvres!

Chez l’homme de droite comme chez l’homme de gauche, mêmes arguments, même misogynie virulente, même mépris de classe de nantis pour les femmes pauvres qui sont réduites à se prostituer pour survivre. Comment ce genre de discours posant que par définition une catégorie d’êtres humains est sans valeur et que sa parole est nulle et non avenue peut-il être tenu dans un magazine « de gauche »?
Transposez ça à d’autres catégories d’êtres humains pour mieux visibiliser, ça donne: « par définition, les noirs sont vils, sales et méprisables. Ils sont menteurs et cupides et leur témoignage n’est pas crédible. La parole d’un noir ne vaut rien à côté de celle d’un blanc. »

Et pour conclure, Besson tire le bouquet final antiféministe, avec Fifty Shades of Grey à la rescousse: « Comment reprocher à Dominique sa sexualité débridée, brutale, insatiable, alors que des millions de lectrices, et aujourd’hui spectatrices, fantasment sur le fameux Grey et ses cinquante nuances? Il est comique d’entendre des prostituées se plaindre de pratiques dont semblent rêver les grandes, moyennes et petites bourgeoises d’Amérique. »
Parce que–argument patriarcal millénaire–la violence sexuelle, elles aiment ça et elles en redemandent. Les prostituées sont donc de sacrées veinardes qui devraient s’estimer heureuses de pouvoir vivre en vrai toutes les violences et perversions masculines dont les millions de lectrices frustrées de « Fifty Shades… » ne peuvent que rêver!!

« Pourquoi les hommes nous haissent-ils tant? » interrogent les femmes. Cette haine des hommes envers les femmes est dix fois plus virulente envers les prostituées—et c’est elle qui explique les nombreux meurtres et tentatives de meurtre dont elles sont victimes : une vingtaine de prostituées assassinées entre 2010 et 2012 en Espagne, 171 au Canada entre 1992 et 2004, une soixantaine en Allemagne depuis 2000 (1)
Guy Kopnonicki et Patrick Besson sont remplis de cette haine typiquement masculine pour les prostituées. Parce que c’est cette haine, norme culturelle des sociétés patriarcales, qui arme le bras de ceux qui les tuent, il faut bien voir que la propager équivaut à conforter un système de représentations qui débouche sur le meurtre–comme la diffusion de propos antisémites ou racistes.

Alors pourquoi le STRASS, soi-disant soucieux de protéger les prostituées et qui voit des « putophobes » là où il n’y en a pas (en particulier chez les féministes abolitionnistes)– ne dénonce-t’il pas la putophobie bien réelle et léthale des clients et de leurs défenseurs, telle qu’elle s’exprime vicieusement dans ces articles de Konopnicki et de Besson?

RETROUVEZ TOUS LES ARTICLES SUR LE PROCÈS DU CARLTON ICI : http://www.pinterest.com/ressourcespros/dsk-carlton/

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