– « la volonté de ne jamais être réduite à moins qu’un être humain » Rebecca, survivante de la prostitution.

J’écoutais Blondie.

Par Rebecca MOTT

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Blondie, mon objet de désir et de rêves, qui traverse avec fracas tant d’années de cauchemars.

J’imaginais la chanteuse Debbie Harry abattant les prostitueurs, dynamitant les appartements où la torture était mon quotidien, égorgeant ceux qui s’enrichissaient de mon enfer.

J’imaginais très fort afin de ne pas voir / comprendre / ressentir ma réalité.

J’avais besoin de Debbie Harry pour me sauver.

En revanche, j’avais au cœur sa détermination, à l’abri des prostitueurs, des profiteurs de l’industrie du sexe.

Je faisais jouer du Blondie à tue-tête alors qu’on me violait, les mots de Blondie déferlaient très fort sur les mots qui me mettaient à mort.

Je faisais jouer du Blondie à tue-tête alors qu’on me déplaçait d’un appartement à un sex club à des chambres d’hôtel à des toilettes à une ruelle à ma propre chambre sous un métro.

Je faisais jouer du Blondie à tue-tête pendant que des étudiants, des politiciens, des artistes, des hommes d’affaires me violaient.

Je faisais jouer du Blondie pendant que des Nations Unies d’hommes me violaient et me torturaient.

Je faisais jouer du Blondie quand on m’a violée à plusieurs, qu’on m’a presque noyée, qu’on m’a étranglée, qu’on a pollué toute ma peau.

Mais je la faisais jouer dans ma tête, parce qu’il n’était pas question de révéler autant de moi-même aux prostitueurs.

Blondie était ma vie privée, Blondie était mes petits moments de bonheur – la guerrière qu’aucun prostitueur ne pouvait détruire.

Blondie incarnait une sexualité qui pouvait être libre, pouvait être joyeuse.

Une sexualité d’éclats de rire, un échange de puissance de bon cœur – une sexualité de largesse envers les autres, mais aussi assez débridée pour être libre.

Pour la prostituée que j’étais, Blondie était mon rêve d’une sexualité riche de liberté, de sexe sans crainte, sans contrainte, sans douleur.

Je tenais Debbie Harry dans mon cœur comme exemple d’un monde extérieur à l’industrie du sexe.

Il me fallait la tenir fermement pour arriver à croire que j’étais plus qu’une pute, plus que des orifices à baiser pour une infinité d’hommes, plus qu’une poupée sexuelle.

J’ai mis des affiches de Blondie au-dessus de mon lit, en faisant un petit espace privé.

Dans les moments où j’arrivais à me reposer suffisamment pour trouver la paix, j’ai prié Debbie Harry de me sauver, j’ai prié pour trouver sa force.

J’ai ressenti plus que du désir pour Debbie Harry, j’ai mis en elle tout ce qui me restait de connaissance de l’amour.

Je savais qu’il n’y avait pas de dieu, de déesses ou d’êtres spirituels pour me sauver – alors j’ai mis tout mon désespoir en Debbie Harry.

Mais en réalité, cela n’a jamais été Debbie Harry que je priais – je m’adressais simplement à moi-même, me rappelant ma propre force intérieure, me forçant à savoir qu’il existait un monde en dehors de la prostitution.

Je vais toujours célébrer mon amour pour Blondie – il m’insuffle la volonté de ne jamais être réduite à moins qu’un être humain.

http://www.youtube.com/watch?v=gbnbMMCfyoc

Traduction : Michelle Briand

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