– Réponses à quelques questions courantes au sujet de la prostitution

Réponses à quelques questions courantes au sujet de la prostitution

par Sam Berg, 2005, Original : http://bit.ly/1rPbo2L

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  • La prostitution n’est-elle pas avant tout un choix?
  • Le sexe est un produit extrêmement demandé.
  • Les hommes traiteront mieux les prostituées si la prostitution est légalisée.
  • N’a-t-on pas démontré que l’interdiction était un échec?
  • La prostitution est le plus vieux métier du monde et elle existera toujours.
  • La prostitution ne devrait-elle pas être légalisée et considérée comme un travail normal?
  • Pourquoi prétendre que la prostitution n’est pas un élément de la vie quotidienne?
  • N’y a-t-il pas beaucoup de femmes qui aiment cela?
  • Pensez-vous que les personnes prostituées devraient être arrêtées?
  • Mais les gens ont besoin de sexe et certains n’ont d’autre façon de l’obtenir qu’auprès de prostituées.
  • Mais vous acceptez que la pornographie et le striptease ne sont pas de la prostitution, n’est-ce pas?
  • Ne peut-on pas rendre la prostitution plus sûre au plan médical en la réglementant?
  • Si vous essayez de mettre fin à la prostitution, ne sera-t-elle pas simplement repoussée dans la clandestinité?
  • Qu’en est-il des femmes qui disent sur toutes les tribunes qu’elles aiment être prostituées?
  • N’êtes-vous pas en train de porter des jugements moraux personnels sur la prostitution et de les imposer aux autres?
  • N’est-il pas préférable de faire beaucoup d’argent en tant que prostituée que de travailler à un emploi minable au salaire minimum?
  • Des hommes aussi se prostituent, ce n’est donc pas seulement un enjeu qui concerne les femmes.
  • Légaliser la prostitution fait partie d’une campagne plus large de libération sexuelle.
  • Pourquoi ne pouvez-vous pas voir les hommes qui paient pour des prostituées comme de simples clients d’un service sexuel?

Réponses

  • La prostitution n’est-elle pas avant tout un choix?

Rép. : Lorsque l’on demande à des femmes en situation de prostitution si elles souhaitent quitter la prostitution, on constate toujours qu’environ 90% d’entre elles disent qu’elles souhaitent le faire immédiatement mais que la décision est hors de leurs mains et tient à leurs souteneurs, leurs maris, leurs propriétaires, leurs dépendances et l’estomac de leurs enfants. Une étude menée récemment auprès de femmes prostituées sur la rue à Toronto a révélé qu’environ 90% voulaient en sortir mais ne le pouvaient pas, et une recherche portant sur cinq pays a conclu que 92% souhaitaient quitter la prostitution. Si elles y sont, c’est parce qu’elles ne peuvent pas en sortir, elles ne choisissent pas d’être là.

Si la prostitution était réellement un choix, ce ne seraient pas les populations qui disposent du moins grand nombre de choix que l’on y voit surreprésentées. Si la prostitution était un choix, on ne verrait pas un marché noir multimilliardaire de personnes contraintes, trompées, enlevées et réduites en esclavage, ce qu’on appelle la traite des personnes.

  • Le sexe est un produit extrêmement demandé.

Rép. : Les tulipes ont déjà été un produit extrêmement demandé, ce qui indique que ce que les hommes valorisent reflète la subjectivité des hommes et non une valeur humaine universelle. On a déjà dit la même chose à propos de la chair des Noir-e-s vendu-e-s en esclavage, et on a démontré que ce marché avait d’inhumain. Nous ne parlons pas de produits de consommation mais d’êtres humains. Dans la prostitution ce n’est pas du sexe qui est vendu, c’est le pouvoir sur des femmes.

  • Les hommes traiteront mieux les prostituées si la prostitution est légalisée.

Cela ne s’est pas confirmé dans la mise à l’essai de la légalisation menée en Australie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Les tentatives d’atténuer les méfaits de la prostitution ont toutes échoué parce que les hommes n’ont pas vraiment battu en brèche leurs attitudes avilissantes de la sexualité féminine et leur propension à commettre des violences sexistes. Il existe une foule de dossiers médicaux, de rapports de police et de témoignages personnels qui démontrent les violences masculines à l’endroit des femmes dans les endroits où la prostitution a été légalisée. Là où prospère le système prostitutionnel, la vie des femmes a peu de valeur et la violence sexiste à leur égard n’a pas diminué. En fait, la province australienne où la prostitution a été légalisée, Victoria, affiche les taux de violence conjugale et de prostitution de mineures les plus élevés au pays.

On peut bien affirmer qu’en théorie, des personnes saines d’esprit et rationnelles devraient avoir le droit de vendre un rein pour 500 $ ou plus si elles le désirent. Mais ouvrit la porte à la vente d’organes ne conduirait pas autant d’hommes blancs américains de la classe moyenne à vendre leurs organes vitaux que d’autres populations dont on ne peut affirmer sérieusement que leur situation sociale permet un choix libre et sans contrainte; ce serait ouvrir la porte à des « courtiers » spécialisés dans l’exploitation des pauvres. Je suis heureuse que nous soyons prêts à sacrifier les droits capitalistes théoriques d’un nombre infime de vendeurs possibles d’organes pour le plus grand bénéfice de prévenir une exploitation généralisée de personnes moins favorisées.

  • N’a-t-on pas démontré que l’interdiction était un échec?

Rép.: Cela dépend de ce qui est interdit. Notre culture interdit la pornographie impliquant des enfants, et il est vrai que cette interdiction ne fonctionne pas, mais cela ne signifie pas que la seule autre option est sa légalisation.

Cesser de nous limiter à tenter de savoir si oui ou non des adolescentes démunies et ayant des antécédents de violence veulent vraiment devenir des putains et commencer à demander pourquoi tant d’hommes sont incroyablement, horriblement violents envers les personnes prostituées, est la façon d’accéder au statut actuel de la Suède, un pays qui a cessé de blâmer les jeunes femmes pour leurs conditions de viol, de torture et de captivité, et qui reconnaît que sans la demande masculine de corps à violenter, il n’y aurait pas de corps fournis à cette fin.

  • La prostitution est le plus vieux métier du monde et elle existera toujours.

Rép. : Ce n’est pas la prostitution qui est le plus vieux métier du monde, mais le commerce des esclaves, des hommes qui vendent et échangent entre eux des corps de femmes dans un but lucratif. Affirmer que la prostitution est le plus vieux métier donne l’impression que les femmes, les prostituées, ont toujours été les initiatrices rusées et séduisantes exerçant leur puissance sexuelle contre des hommes sans défense comme de redoutables vampiresses de la nuit. Voilà le mensonge misogyne que des hommes ont toujours voulu voir promu, car il les absout de toute responsabilité de ce qu’ils font aux enfants et aux femmes pour les présenter comme des victimes des ruses séductrices des femmes.

 

  • La prostitution ne devrait-elle pas être légalisée et considérée comme un travail normal?

Rép. : Il n’y a aucune raison de croire qu’il y aura un jour où être nu ne conduira pas les gens à se sentir vulnérables et exposés. C’est une expérience humaine universelle que de sentir plus vulnérable à l’état nu que lorsqu’on porte des vêtements (il n’existe pas de société humaine qui ne porte pas une forme ou une autre de vêtements), et il est inhérent à la pénétration de son corps par un autre corps de ressentir ce que des milliers de prostituées interrogées disent ressentir : l’impression d’être traitée comme une toilette humaine, d’être violée maintes et maintes fois.

Contrairement à ce que prétendent les apologistes de la prostitution, la pire chose que vivent les femmes prostituées n’est pas la stigmatisation sociale : c’est plutôt le viol, l’étranglement, les coups, les brûlures et autres violences de la part de prostitueurs et de proxénètes (ces derniers étant les personnes que les prostitueurs paient pour externaliser la violence nécessaire pour maintenir des femmes prostituées dans un état de soumission.)

Le modèle suédois de dépénalisation des victimes et d’exigence de changements en mettant l’accent sur les utilisateurs de prostituées est la voie à suivre parce que les hommes ne devraient pas avoir le droit à du sexe sur demande; la conviction qu’ils y ont droit est ce qui nourrit la prostitution, le viol, le harcèlement dans la rue, le harcèlement sexuel en milieu de travail, le dogmatisme anti-choix et tous les autres méfaits axés sur le genre qui constituent ce qu’on appelle le « sexisme ».

  • Pourquoi prétendre que la prostitution n’est pas un élément de la vie quotidienne?

Rép. : Je ne vois personne prétendre que notre culture n’est pas saturée de vente de corps féminins, et surtout pas les travailleuses sociales et les chercheures qui tentent de trouver des solutions à la misère. Quand j’entends les gens parler de légaliser cette vente, j’en vois beaucoup prétendre que la misogynie et la violence intrinsèques à l’acte de prostitution peuvent en quelque sorte disparaître par une opération de l’esprit si seulement l’on adopte plus de lois qu’il n’en existe déjà pour sanctionner le viol et les voies de fait. C’est impossible, comme l’a démontré l’expérience menée sur plusieurs décennies par la Suède elle-même après sa décriminalisation de l’achat de sexe durant les années 1970.

  • N’y a-t-il pas beaucoup de femmes qui aiment cela?

Rép. : Il n’existe pas de recherche ou d’indications recueillies à l’appui de cette affirmation. Lorsque les partisans de la légalisation parlent de légitimer la prostitution, ils parlent beaucoup de la théorie, de droits et d’éthique, mais ils ne laissent pas les prostituées elles-mêmes exprimer ce qu’elles veulent. Une étude menée auprès de femmes prostituées dans cinq pays a conclu que 92% d’entre elles cherchaient de l’aide pour sortir immédiatement de la prostitution. Elles ont même été unanimes à dire ne pas souhaiter que quiconque qu’elles aient jamais à prostituer leur corps pour survivre.

En Allemagne, le syndicat d’employé.e.s de service ver.di a offert l’accréditation syndicale aux quelque 400 000 travailleuses et travailleurs du sexe estimés actifs au pays. Cette accréditation leur aurait donné droit aux soins de santé, à l’assistance juridique, à trente jours de vacances payées par année, à une semaine de travail de cinq jours, et à des bonis de Noël et de la saison des Fêtes. De ces 400 000 travailleurs et travailleuses du sexe, seulement 100 ont adhéré au syndicat, soit 0,00025% des prostituées allemandes. Les femmes ne veulent pas de l’identité de prostituées.

Il n’existe aucune raison féministe de préférer aux 92% de prostituées qui ne considèrent pas leur activité comme un travail mais comme un esclavage, les voix d’une minorité de 8% de répondantes, surtout quand le faire ne fait que réitérer une culture du viol qui affirme le droit des hommes à utiliser le corps des femmes à leur gré, de n’importe quelle façon et en n’importe quel temps.

  • Pensez-vous que les personnes prostituées devraient être arrêtées? 

Rép. : Absolument pas, car je ne crois pas qu’être désespérément pauvre ou maltraitée soit un crime. Mais les prostitueurs, les proxénètes et les autres prédateurs sexuels doivent mettre fin à leur violence criminelle et d’autres options, comme la légalisation, ont été tentées, sans succès. La Suède, en revanche, a connu un franc succès en criminalisant les comportements de prédation sexuelle, tout en essayant d’aider les gens à quitter leur vie de prostitution.

  • Mais les gens ont besoin de sexe et certains n’ont d’autre façon de l’obtenir qu’auprès de prostituées.

Rép. : Personne n’a « besoin » de sexe comme on a besoin de manger, de boire et de respirer, et personne n’a le droit d’acheter l’accès aux organes reproductifs d’une autre personne pour se masturber.

Le sexe est agréable, il fait du bien il est facilement à la portée de toute personne qui traite les autres avec gentillesse et respect, et qui en fait la demande. L’achat de prostituées vise moins le plaisir sexuel que le plaisir du pouvoir, parce que dans un échange entre partenaires égaux existe toujours le risque d’un désaccord et la nécessité de compromis. Des recherches menées aux États-Unis indiquent que 85% des prostitueurs ont une partenaire sexuelle régulière et que 60% d’entre eux sont mariés.

  • Mais vous acceptez que la pornographie et le striptease ne sont pas de la prostitution, n’est-ce pas?

Rép. : Bien sûr que c’en est. Si se faire payer pour accomplir des actes sexuels est de la prostitution, l’utilisation d’une caméra pour filmer des gens payés pour accomplir des actes sexuels enregistre des actes de prostitution. Il est réconfortant pour les gens d’appeler « actrices » et « acteurs » les vedettes de la pornographie pour se distancier au plan affectif de la vérité qu’ils paient un tiers pour l’enregistrement de prostituées que l’on prostitue, mais les actrices du porno ont beaucoup plus en commun avec les autres prostituées qu’avec d’autres actrices, entre autres la pauvreté, des antécédents de maltraitance sexuelle dans l’enfance abus et des toxicomanies.

Les clubs de striptease, le porno, les restaurants topless, l’achat d’épouses par correspondance et les autres modes de « travail sexuel » équivalent à la prostitution de la sexualité des femmes pour consommation par des hommes. Lors d’un sondage, 100% des stripteaseuses interrogées ont déclaré avoir été invitées à se prostituer par les hommes fréquentant ces clubs, donc si vous ne pensez pas que le striptease est une forme de prostitution, veuillez reconnaître que votre opinion est très différente de celle des hommes qui dépensent leur argent pour réclamer la soumission sexuelle des femmes dans ces établissements.

  • Ne peut-on pas rendre la prostitution plus sûre au plan médical en la réglementant?

Rép.: Il arrive qu’une activité plus sûre ne le soit pas encore suffisamment. À moins d’avoir vécu une stérilisation, les femmes prostituées peuvent s’attendre à tomber enceinte et à devoir subir des avortements répétés. Ni l’une ni l’autre de ces solutions n’est acceptable, et l’humanité n’a pas encore trouvé de moyen efficace à 100% pour empêcher la propagation de MST mortelles.

Je suis beaucoup plus soucieuse de prévenir les viols, les coups, les brûlures, etc. que je le suis à me demander comment rafistoler les femmes après leur torture par des hommes. Lorsque des médecins, des policiers, des prêtres, des soldats de l’OTAN et des travailleurs humanitaires dans des camps de réfugié.e.s utilisent leur position de force pour s’en prendre à des populations vulnérables et traumatisées, comme l’ont signalé beaucoup de personnes prostituées, la réglementation de la prostitution prend en fait l’allure d’une organisation par des hommes d’un accès facile d’autres hommes à des organismes dénués de maladies, plutôt qu’un souci réel de la santé et du bien-être des femmes.

  • Si vous essayez de mettre fin à la prostitution, ne sera-t-elle pas simplement repoussée dans la clandestinité?

Rép.: Cet argument est une forme de chantage. Il implique que les hommes violentent, torturent et violent actuellement des prostituées en nombres horriblement élevés et que, si les féministes ne consentent pas à fournir des organismes propres pour la gratification sexuelle des hommes, pour leur divertissement, alors les prostitueurs seront encore plus violents envers ces femmes et que ce sera la faute de féministes.

Fonder des mesures de politique publique sur un chantage qui menace d’un surcroît de violence un environnement déjà très violent est inacceptable dans une société de droit. En outre, la légalisation, là où on l’a instituée, a non seulement échoué à entraver la violence que vivent les personnes prostituées, mais elle a concrètement rendu plus difficile pour les victimes de « prouver » qu’elles avaient été forcées, tout en augmentant le nombre de personnes impliquées dans l’industrie du sexe, et donc le nombre de personnes affectées par cette violence qui n’a pas cessé.

Je ne suis pas persuadée que le fait d’être baisée par des hommes qui éjaculent sur et dans le corps d’une femme doit être normalisé comme une « profession » ou un travail adéquat pour des femmes appauvries au nom de menaces de violences et de transgressions encore pires. Les prostituées sont déjà au plus bas de l’échelle sociale – plus violées, tuées, exploitées et vilipendées que n’importe quel groupe de femmes. Les bordels sont des chambres de viol et les atrocités systématiques qui s’y déroulent chaque jour sont des raisons amplement suffisantes pour que l’on prenne des mesures pour les fermer.

  • Qu’en est-il des femmes qui disent sur toutes les tribunes qu’elles aiment être prostituées?

Rép.: Comme les leaders du mouvement anti-guerre qui ont déjà été soldats, il y a plusieurs ex-prostituées (Andrea Dworkin, Norma Hotaling, Rachel Moran, Rosen Hicher, Rebecca Mott) qui s’identifient comme survivantes de l’industrie du sexe.

Le fait que quelques prostituées ont appris à se faire payer pour prôner la légalisation de la prostitution ne fait pas le poids en regard des réponses de la très grande majorité des prostituées qui n’ont pas de rubrique dans la presse porno, de best-sellers sur le marché, de sites Web subventionnés et de tournées nationales de conférences et de prestations télévisées gérées par un agent qui négocie leurs cachets. Certaines des principales défenderesses « pro-travail sexuel » d’une légalisation complète de la prostitution comme Robyn Few, Norma Jean Almodovar et Margo St. James ont été reconnues coupables de proxénétisme, même si elles continuent à se présenter comme des prostituées ordinaires et non des plus gros joueurs dans l’organisation de crimes contre les femmes prostituées. Carol Leigh, alias Scarlot Harlot, une leader du mouvement des travailleuses sexuelles, a elle-même reconnu lors d’un débat en 2004 : « 95% de mes amies veulent quitter la prostitution. »

Ne pensez-vous pas que des tonnes d’études sur la légalisation ont été faites par toutes sortes de parties? Si les riches proxénètes, pornographes et gouvernements qui veulent légaliser et taxer cette industrie avaient des données irréfutables prouvant que la légalisation a atteint ses objectifs déclarés, ne pensez-vous pas qu’ils diffuseraient cette information partout sur la Terre? Hugh Hefner consacrerait probablement les pages centrales du magazine Playboy à une étude documentée concluant que « les femmes adorent ça et c’est excellent pour la santé ».

Si vous connaissez une étude de qualité, où la majorité des prostituées ont répondu qu’elles aimaient être utilisées sexuellement par plusieurs hommes par jour, jour après jour, veuillez me la présenter. J’ai beaucoup lu à ce sujet et je n’ai jamais vu aucune indication que les femmes prostituées aiment leur boulot (mises à part les porte-parole célèbres salariées par une industrie du sexe multinationale milliardaire.)

  • N’êtes-vous pas en train de porter des jugements moraux personnels sur la prostitution et de les imposer aux autres?

Rép.: Bien que l’intimité inhérente à la nature des actes sexuels fasse souvent partie de la conviction de certaines personnes que la sexualité est unique à l’identité personnelle et peut-être même sacrée, je me base surtout sur les recherches axées sur le préjudice causé aux personnes prostituées. En d’autres termes, je ne m’oppose pas à la légalisation de la prostitution parce que je suis mal à l’aise moralement avec le commerce du sexe ou à cause de problèmes dans ma propre sexualité, je suis contre la légalisation de la prostitution parce que j’ai constaté la façon dont elle détruit la santé, l’espoir, les communautés, et beaucoup, beaucoup de vies humaines.

  • N’est-il pas préférable de faire beaucoup d’argent en tant que prostituée que de travailler à un emploi minable au salaire minimum?

Rép.: Les proxénètes se posent exactement la même question : « N’est-il pas préférable de faire beaucoup d’argent en contrôlant une ou des prostituée que de faire un boulot minable au salaire minimum? »

La prostitution ne se compare à aucun autre travail, ce pourquoi j’en suis venu à la voir comme le font les Suédois, c’est-à-dire comme une oppression sexuelle institutionnalisée plutôt qu’un travail. Il n’y a pas d’autre « travail » où l’on s’attend à ce qu’une personne voie son corps pénétré à répétition et exposée à des fluides humains de nature contagieuse. Il n’y a pas d’autre « travail» où des filles de 13 ans n’ayant aucune expérience peuvent être vendues pour 100 fois le prix d’une femme de 23 ans qui a dix ans d’expérience. Il n’y a pas d’autre « travail » qu’une personne sans abri émaciée et bourrée d’héroïne peut faire (ou plutôt se faire faire) alors qu’elle est étendue inconsciente à même le sol.

Ce qui est arrivé aux Pays-Bas, c’est que les prostitueurs cherchent les femmes (et les enfants) les plus amochés et désespérés comme proies sexuelles parce que leur impuissance et leurs dépendances les rendent plus disposés à se prêter à des actes dangereux de prostitution pour moins d’argent. Les rares travailleuses sexuelles d’origine hollandaise se plaignent de la concurrence déloyale de femmes toxicomanes et gravement maltraitées – et de « bébés-putes », (comme les appellent sarcastiquement les macs) – qui offrent du sexe pour payer leur prochaine dose.

  • Des hommes aussi se prostituent, ce n’est donc pas seulement un enjeu qui concerne les femmes.

Rép.: Les prisons génèrent des réseaux de prostitution (ce qui n’est pas surprenant puisque la prostitution est très lucrative pour les membres de gangs qui demeurent en liberté), et il y a une perte spécifique de pouvoir, de prestige, d’autodétermination et de courage chez les hommes qui sont prostitués par des proxénètes. Les hommes qui sont baisés sont traités très différemment des hommes qui baisent et personne n’est mieux traité que le proxénète.

  • Légaliser la prostitution fait partie d’une campagne plus large de libération sexuelle

Rép.: Une libération pour qui? Voilà la question implicite. Qu’en est-il du sexe et des femmes qui a pour effet d’abaisser la valeur culturelle perçue d’une femme si elle a des relations sexuelles, même sans argent ou de force dans les situations de viol? Il faut transformer le lien culturel qui fait des femmes qui ont des rapports sexuels (qu’ils soient payés, pris de force ou consensuels) des salopes sans valeur et déclassées avant que l’on puisse honnêtement envisager la légalisation de leur prostitution.

Il existe malheureusement un préjugé néolibéral voulant que les marchés libres soient le meilleur arrangement, et que le marché économique puisse s’autoréguler par le jeu et les effets de la concurrence, de l’offre et la demande. Mais demandez-vous si Wal-Mart est vraiment le plus grand employeur privé du monde parce qu’ils sont « meilleurs » que les autres entreprises? Compte tenu des échecs évidents de la politique du libre-marché à produire des pratiques équitables, diversifiées et axées sur l’intérêt des consommateurs, comment pense-t-on qu’un libre marché des idées puisse prospérer sous un même système de laissez faire? N’est-il pas logique de s’attendre aux mêmes monopoles opportunistes, à une liberté de parole conditionnée par l’argent, à l’exploitation des petits par les grands?

  • Pourquoi ne pouvez-vous pas voir les hommes qui paient pour des prostituées comme de simples clients d’un service sexuel?

Rép.: L’homme qui a l’argent a tout le pouvoir, contrairement à la prostituée sans argent. Il est absurde d’affirmer que les hommes dépensent leur argent pour créer le scénario sexy précis qu’ils désirent et que cela signifie que les prostituées ont le pouvoir de dicter ce qui va arriver, jusqu’où iront les choses, et tous les autres aspects du fantasme qu’achète le client. Non seulement est-il impossible pour l’homme friqué de transférer à la femme son avantage de pouvoir inhérent par le biais d’un fantasme de sa fabrication, mais ce n’est absolument pas ce qui se passe dans les faits, aux dires des femmes prostituées. Les prostitueurs sont la demande qui assure le transit des corps prostitués, et le modèle économique est que « la demande crée l’offre ».

Les prostitueurs n’ont pas à faire l’effort d’enlever des femmes, de les rendre narco-dépendantes, de prendre totalement le contrôle de leur vie, ou de les piéger d’autres façons dans l’industrie du sexe : les proxénètes le font pour eux. Plutôt que de piéger leurs proies, ils agissent comme des vautours qui fondent sur les êtres en difficulté : ils paient spécifiquement pour que leurs victimes soient mises en difficulté. Les prostitueurs baisent des femmes maintenues en captivité, à cause de l’attente (ancrée dans la réalité) que ces hommes paieront beaucoup d’argent pour un tel rapport, puis diront ne pas être coupables parce que ce n’était pas eux qui les retenaient au sol.

Copyright Samantha Berg, 2005

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