– Une journée dans la vie d’un touriste sexuel

Par Kaja Grünthal

Lors d’une soirée de week-end, deux jeunes hommes finlandais, Julli et son ami, arrivent par ferry au principal port de Tallinn, légèrement éméchés et avec de petits sacs en bandoulière.

Oui, admet Julli, ils sont venus pour trouver des prostituées. Ils disposent de quinze heures avant leur bateau ne reparte vers la Finlande.

Après avoir utilisé les toilettes et échangé de l’argent, ils appellent Anne., une conductrice de taxi qu’ils connaissent et qui les mènera à leur auberge. Sa plaque d’immatriculation indique Anne-1.

Les chauffeurs de taxi en attente au port expliquent que la plupart des Finlandais demandent à être amenés à des centres commerciaux ou visiter des connaissances. Un visiteur sur 20 demande à être conduit à un bordel.

Certains chauffeurs de taxi affichent même des brochures et des cartes d’appel des bordels: on pense qu’il y en a environ 35 en opération à Tallinn l’hiver, et le double en été.

Les bordels et le proxénétisme sont illégaux en Estonie. Mais leur pratique est largement visible.

Certaines maisons closes s’affichent sous les noms de Disco, Bar, ou Sauna 24 h. Beaucoup sont déguisées en salons de massage ou bars de strip-tease. Le plus chic sont de nouvelles maisons unifamiliales, signalées par une lumière rouge dans une fenêtre.

L’auberge où logent Julli et son ami, dans la banlieue de Tallinn, ressemble à un petit restaurant. La nuit commence avec un steak au poivre. Le restaurant est rempli de jeunes résidents locaux ivres. Julli parle de ses filles, de son boulot et du destin tragique de sa ville natale en Finlande. Son ami se déplace vers une autre table.

Quand Julli ne répond pas aux signaux que lui fait son ami pour lui rappeler le but de leur visite, l’ami se rend aux toilettes, d’où il appelle Julli sur son portable, lui disant de venir le rejoindre. Là, dans la salle de bain, ils se mettent d’accord pour commander des femmes.

« Nous avons des chambres à l’étage », explique Julli.

L’ami n’arrive à prononcer que quelques phrases et semble ne pas avoir l’énergie pour faire la tournée des bordels, comme le duo en avait l’intention. « Aux bordels, explique Julli, les femmes sont assises en rang et nous choisissons. Si ça se présente plutôt mal, nous allons à l’endroit suivant. C’est comme pour l’achat de chevaux: vous vérifiez les dents et les sabots. La seule façon d’y arriver est d’être saoul. »

Julli, qui est divorcé, est assez bel homme. Il est en bonne santé et possède un emploi. Il explique que ce qu’il aimerait vraiment trouver est une nouvelle femme pour prendre soin de la maison.

« Mais les Estoniennes détestent les hommes finlandais », dit-il. « Elles nous considèrent comme des cochons. Il nous faut travailler très dur pour changer cette attitude. Alors, on a démissionné. »

Julli serre sa chope de bière des deux mains quand il parle des prostituées: « Elles consomment de la drogue et ont le VIH (le virus qui cause le SIDA) », dit-il. Mais le fait de le savoir ne retient pas Julli de recourir à leurs services.

« Après tout, dit-il, tout le monde utilise des préservatifs. » Il commande plus de bière.

Il y a à une autre table un jeune homme estonien qui vient claquer l’épaule des jeunes Finlandais de temps en temps. « Un gars du syndicat », explique Julli.

Le syndiqué arrache finalement Julli à ses propos sur la prostitution. Ils partent pour l’étage supérieur en passant par la cuisine.

Chaque soir de fin de semaine à Tallinn, il ya d’autres Finlandais qui sont là pour la même raison. (Le ministère estonien de la Santé a récemment estimé que 45 pour cent des utilisateurs de prostituées en Estonie sont finlandais.)

Hanski, un travailleur de la construction, dit se rendre périodiquement à Tallinn depuis 1988. Il ne s’inquiète pas des nouvelles d’une hausse dramatique des infections au VIH en Estonie depuis deux ans.

« On peut voir à la regarder quel genre de fille on a, insiste-t-il. J’ai 20 ans d’expérience. »

Des taxis s’arrêtent devant un autre bordel de Tallinn. Officiellement, c’est un bar de strip-tease combiné à un hôtel qui loue ses chambres à l’heure. À l’intérieur, une douzaine de femmes sont assises en rang le long d’un mur. Deux d’entre elles n’ont manifestement pas plus de 16 ans. On voit que les filles travaillent, attentives soit à la porte d’entrée, soit au bar. Une femme plus âgée se vante de pouvoir reconnaître un Finlandais dès qu’il passe la porte: « Ils sont toujours très ivres et réclament du sexe. »

En état d’ivresse, les Finlandais sont des clients parfaits, dit-elle, le pire, c’est quand quelqu’un veut des rapports sexuels sans préservatif.

Le lendemain matin, juste avant le départ de leur bateau pour Helsinki, Julli et son ami mangent des hamburgers au Centre Viru. Julli va mettre quelques pièces dans un appareil à sous.

Il calcule que tout le voyage ne lui a presque rien coûté. La chambre pour une nuit, partagée avec son copain, ne leur a coûté que 400 couronnes (25 dollars) chacun. L’heure passée avec la prostituée, c’était 400 couronnes de plus.

Sur le chemin du port, l’ami prend Julli à bord de son taxi. Le chauffeur encourage les Finlandais somnolents: « Vous avez dépensé de l’argent… Et alors? Vous avez vécu certains des plus grands plaisirs de la vie ! »

En arrivant à la gare maritime, le duo se rend au bar. Le retour à la vie quotidienne effraie toujours Julli un peu.

« Demain je resterai chez moi avec une gueule de bois et je regretterai d’être venu ici. Et les enfants viendront me voir demain soir. »

 

 

http://www.balticsworldwide.com/one-day-in-the-life-of-a-finnish-sex-tourist/ (2004)

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