– Création d’un monument en hommage aux femmes et aux filles prostituées qui sont disparues ou mortes

une invitation

Publiée sur le blog de Rebecca Mott

Je commence à planifier avec quelques femmes merveilleuses la création d’un monument en hommage aux femmes et aux filles prostituées qui sont disparues ou mortes.

Ce projet en est à ses débuts, mais je commence à croire que c’est plus qu’une chimère, plus que mon fantasme secret.

Ce monument peut être réalisé et il le sera – une oeuvre en évolution qui pourrait durer jusqu’à ce que toutes les personnes prostituées soient enfin libres.

Il peut être réalisé et il le sera – un monument vivant où déposer tous nos maux et nos deuils de celles qui n’y ont pas survécu.

Il peut être réalisé et il le sera – car même si la prostitution est abolie un jour, nous devons garder vivante dans nos cœurs la mémoire de tant de femmes et de filles brillantes.

C’est mon rêve, c’est ma mission – je serais fière de laisser ainsi ma marque dans ce monde.

Ce message est une invitation à toutes celles et ceux qui portez vraiment dans votre cœur les femmes et les filles prostituées disparues et décédées.

À long terme, je pense installer ce monument permanent dans ma ville (Manchester) ou à Londres, en hommage à toutes les femmes et les filles prostituées d’Angleterre qui sont disparues ou décédées.

Cela devrait inspirer la création d’autres monuments permanents dans d’autres villes, grandes et petites, dans les millions d’endroits où l’on fait disparaître les prostituées.

Il ne suffit pas de rappeler au monde les prostituées assassinées par des tueurs en série. Il faut nous souvenir aussi des meurtres routiniers commis par les proxénètes et profiteurs. Nous souvenir aussi des meurtres ordinaires, commis un par un par les prostitueurs incapables de reconnaître l’être humain dans chaque personne prostituée.

Nous devons nous rappeler que la plupart des personnes prostituées disparues et assassinées n’ont même pas droit à la reconnaissance publique.

Nous devons garder en mémoire chacune de ces femmes et de ces filles.

Si nous voulons créer un monde sans esclavage, un monde où personne ne se voit transformée en marchandise jetable, nous devons impérativement nous souvenir de l’ensemble des femmes et des filles prostituées qui ont été assassinées ou ont disparu.

J’invite toute personne intéressée à m’envoyer des poèmes, à m’envoyer de la prose ou un scénario de pièce.

J’invite les artistes qui veulent se souvenir de ces femmes et ces filles à m’envoyer des tableaux, des photos, des installations.

J’invite les mélomanes à se souvenir de ces femmes et ces filles – envoyez-moi des chansons, des idées de sons.

J’invite toute personne ayant aimé ou simplement connu une femme prostituée disparue à me contacter avec des souvenirs, avec des connexions à leur vie.

J’invite toute personne qui porte dans son cœur les personnes prostituées à me contacter avec ses idées, ses rêves, ses pensées et sa peine.

Je veux un monument permanent – mais aussi un monument vivant, constamment nourri d’événements, de musique, d’œuvres d’art et de mots.

Je rêve de garder ces femmes et ces filles à l’avant-plan de toutes nos discussions, reportages, conversations au pub – de garder les femmeset les filles prostituées assassinées au pinacle de toutes les raisons que nous avons de vouloir abolir la prostitution.

L’abolition est plus qu’un simple objectif intellectuel – elle doit venir du cœur, habiter notre spiritualité – tout en mobilisant nos esprits.

Pour vraiment comprendre les raisons d’abolir l’industrie du sexe, vous devez saisir et ressentir profondément ce qu’il y a d’affligeant à voir les personnes prostituées transformées en produits jetables.

Cette peine est un élément crucial de notre combat – nous n’arriverons à rien si nous ne partons pas de cette profonde tristesse.

Je pleure non seulement les femmes et les filles disparues que je connaissais, mais mon cœur prostitué pleure toutes celles qui ont été jetées comme autant de déchets.

Je ne pleure pas seulement les disparues du temps que durera ma courte vie – je pleure aussi les millions de femmes et de filles prostituées que l’on a effacées et fait disparaître au fil des siècles.

Je ne pleure pas seulement les femmes et les filles prostituées de ma culture ou de mon contexte social – mais celles de tous les pays, toutes les cultures et toutes les traditions.

Ma douleur vient du fait de savoir que mon esprit prostitué est relié à celui de toutes les personnes prostituées.

Pour ne pas oublier les femmes et les filles prostituées qui ont disparu ou été assassinées, nous devons accueillir en nous une colère qui revendique une justice véritable. Nous pouvons vivre une colère qui n’est pas toujours réduite à un discours rationnel ou incitée au calme – une colère sans vocabulaire humain, que seuls les arts peuvent exprimer, une colère correspondant au grand cri de nos âmes.

Pour vraiment comprendre l’abolitionnisme et le mettre en œuvre, il ne faut pas avoir peur de cette colère – c’est une raison primordiale de réclamer justice.

Nous devons nous révolter au sujet du complet déni de justice où toute la classe prostituée est enfermée.

Comment ne pas bouillir de rage à voir les personnes prostituées dépouillées de leurs droits fondamentaux à la sûreté, à la dignité humaine, au droit d’être traitées comme des êtres humains plutôt que transformées en marchandises?

Comment ne pas bouillir à l’idée que la plupart des prostituées ont vécu dans un environnement où la torture, les viols constants et même la mort étaient la norme?

Comment ne pas bouillir face au fait que la plupart des sociétés ne se soucient guère de voir ou de savoir que les prostituées sont assassinées ou « disparues » de force?

La colère doit alimenter notre exigence de justice – car sans justice, la douleur et le chagrin n’auront pas de fin.

Il faut faire de la justice une réalité – nous avons connu trop de siècles sans justice, trop de femmes et de filles prostituées mortes et détruites sans justice, trop de souffrance sans justice.

Nous devons prendre le temps qu’il faudra pour nous frayer un passage vers la justice.

J’entrevois une amorce de changement, mais il nous faut empoigner cette amorce, faute de quoi elle échappera une fois de plus à la classe prostituée.

Notre amorce, c’est la reconnaissance que l’accent doit être mis sur les hommes qui achètent les personnes prostituées, qu’il nous faut attaquer de front leurs choix et leur sentiment d’être en droit de les imposer.

À regarder en face les prostitueurs, on voit bien qu’il n’existe absolument aucune excuse pour l’achat des personnes prostituées.

La vérité vraie, c’est que chaque homme qui fait le choix d’acheter une prostituée y voit une marchandise et non un être humain.

En achetant sa marchandise, le prostitueur en vient à croire qu’il lui est impossible de blesser, de violer, de torturer ou de vraiment tuer la prostituée – toutes ses actions deviennent de non-réalités, qui ne sont faites à personne.

Pour une véritable justice, nous devons affronter et sanctionner ces prostitueurs.

Nous devons tracer une ligne sur le sol et montrer à ces hommes qu’ils sont des violeurs, qu’ils sont des tortionnaires et que, s’ils tuent la prostituée, ce sont des assassins.

Nous devons cesser de fournir des alibis aux prostitueurs,nous devons cesser de les rendre invisibles.

Voilà l’amorce d’une véritable justice.

Quiconque veut m’aider avec des suggestions pour ce monument peut me contacter par message personnel sur Twitter ou Facebook ou en inscrivant un commentaire sur mon blog.

Source : Exited Woman’s Exploration – http://rmott62.wordpress.com/2013/07/22/an-invitation/

Traduction : Michele Briand

Copyright: Rebecca Mott, février 2014.

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