– En Nouvelle-Zélande : Des ex prostituées réclament la pénalisation des prostitueurs

Des ex-prostituées et leurs porte-paroles appellent à une pénalisation des acheteurs de sexe, affirmant avoir été flouées par la dépénalisation de l’industrie.

 

Elizabeth Subritzky, directrice de l’organisation Freedom from Sexual Exploitation, a affirmé à la Commission parlementaire sur les processus électoraux et la justice que la seule solution aux dommages causés par la prostitution et à la violence qu’elle créait était de sanctionner les acheteurs de services sexuels par une réforme des lois sur la prostitution.

En Nouvelle-Zélande, le Prostitution Reform Act a décriminalisé les maisons closes, les agences d’escorte et le racolage quand il a été adopté de justesse par une seule voix de majorité, en 2003.

La loi a non seulement encouragé davantage d’hommes à acheter du sexe, mais elle a transformé la prostitution en un travail dit acceptable, et même présenté comme attrayant pour les jeunes Néo-Zélandaises les plus pauvres, a rappelé Mme Subritzky.

Une pétition de 2910 noms (déposée par l’organisation) appelle à un changement de la loi qui rendra illégal l’achat de services sexuels en étendant le champ d’application de la loi actuelle, qui permet déjà de poursuivre les clients de prostituées mineures.

Une femme sortie de la prostitution a informé la commission que ses 16 années de trottoir comme « travailleuse du sexe » avaient commencé alors qu’elle n’avait que 12 ans, après qu’une situation familiale toxique l’ait exposée à la drogue et à de la violence affective, verbale et parfois physique.

« Moi et mes jeunes cousins errions dans les rues en quêtant de quoi manger. C’est alors que j’ai été approchée par un gentleman qui m’a proposé de me donner de quoi nous nourrir, moi et mes cousins, en échange de sexe oral.

« Quand j’ai atteint 14 ans, la prostitution est devenue mon activité à temps plein », a-t-elle ajouté.

La prostitution occupa alors sa vie pour les 14 années suivantes.

« C’est tout ce que j’ai fait, jour après jour, les jours fériés, à Noël, à chacun de mes anniversaires – j’étais dans la rue. »

Longuement incarcérée à plusieurs reprises au cours de cette période, elle retournait à la prostitution aussitôt libérée, « parce que c’est tout ce que je savais faire et tout ce à quoi j’étais bonne pour survivre: je ne connaissais aucun autre moyen. »

« Je vivais une vie sombre, violente, extrêmement dangereuse, avec de constants sévices et la peur de ne jamais savoir si oui ou non j’allais survivre à chaque nuit. En effet, des gangs et des voyous parcouraient les rues en agressant les filles, en les battant pour les dépouiller de leurs revenus – que les gangs appellent un loyer. »

Brutalement battue et laissée pour morte à plusieurs reprises, elle a témoigné que « les viols et parfois les viols collectifs faisaient partie du boulot ».

« Ce fut une période vraiment sombre de ma vie, un endroit où je ne ne veux jamais retourner. »

Mme Subritzky attribue aux circonstances tragiques dans lesquelles naissent bien des femmes le motif qui les amène à se vendre pour survivre.

« Chacune des femmes qui a pris la parole a dit avoir regretté être entrée dans l’industrie du sexe.

« Si elles pouvaient recommencer leur vie avec la sagesse que donne le recul, elles ne choisiraient pas de vendre leurs corps dans la prostitution.

« Je connais beaucoup de femmes qui n’y seraient jamais entrées s’il avait été illégal pour les hommes d’acheter leur corps », a-t-elle conclu.

D’autres anciennes prostituées qui se sont adressées à la commission spéciale ont décrit leur toxicomanie comme un moyen de « se débrancher » de leur vécu en prostitution, souvent jusqu’à la perte de conscience.

Une femme dit avoir utilisé l’alcool comme mécanisme d’adaptation aux agressions sexuelles subies plus tôt dans sa vie, en ajoutant qu’« un jour, quelque chose s’est simplement brisé à l’intérieur de moi » et elle s’est tournée vers la prostitution à l’âge de 32 ans.

« Je n’avais plus le moindre souci de ce qui m’arrivait, et je me suis dit aussi bien être payée pour avoir des relations sexuelles. »

« Une fois, un homme m’a violée, et j’ai souvent eu extrêmement peur. Chaque fois que j’étais prostituée, je ne savais pas si j’allais être violée ou même assassinée. »

Cette femme a dit avoir reçu un diagnostic de stress post-traumatique et être en cours de traitement.

Elle a recommandé aux commissaires d’adopter le modèle nordique préconisé par Mme Subritzky, parce que « présentement, la loi ne fonctionne pas ».

Le modèle nordique – adopté en Suède et en Islande (NduT: ainsi qu’en Norvège) – pénalise la demande de rapports sexuels tarifés tout en décriminalisant les personnes prostituées.

C’est la volonté de réduire la violence infligée aux femmes qui a sous-tendu l’invention du modèle nordique, a expliqué Mme Subritzky.

Le président de la commission parlementaire, M. Scott Simpson, a déclaré que celle-ci prendrait en considération la pétition et publierait un rapport l’année prochaine.

« Cela va nous donner beaucoup de temps pour examiner soigneusement ce qui nous a été présenté aujourd’hui », a ajouté M. Simpson.

Il a dit avoir trouvé « particulièrement émouvantes » les dépositions des témoins anonymes.

 

© Fairfax NZ Nouvelles – http://www.stuff.co.nz/national/politics/9428778/Ex-prostitutes-call-for-law-change

 

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