– Résumé du scandale Amnesty International

Le 23 janvier, The Daily Mail de Londres a publié un scoop d’envergure. La journaliste d’enquête Julie Bindel a révélé qu’Amnesty International, défenseur irréprochable des prisonniers politiques depuis cinquante ans, comptait faire de l’achat de prostitution un nouveau droit de l’homme. Fondamental.

Dans un document d’orientation détaillé (pas moins de 25 notes de bas de page, dont 2 citent l’Open Society Foundation du milliardaire George Soros, grand bailleur de fonds d’Amnesty International), le quartier-général d’Amnesty a très discrètement présenté à ses sections nationales comme une question de principe la protection de l’achat de sexe pour les hommes « …ne souhaitant pas s’impliquer dans des rapports plus conventionnels… ».

Toute pénalisation des prostitueurs se trouvait ainsi condamnée comme une atteinte à la vie privée et à la liberté d’expression de Monsieur…

Le co-propriétaire d’une kyrielle d’agences d’escortes britanniques, un certain Douglas Fox, a jeté de l’huile sur le feu en se présentant à un journaliste comme l’âme dirigeante de cette nouvelle politique d’AI, qu’il avait invité ses sbires à noyauter six ans plus tôt.

En cause : la montée du « modèle nordique »

Coïncidence? La veille même, la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen avait recommandé aux pays de l’Union européenne le « modèle nordique » en matière de prostitution : décriminalisation des femmes en prostitution, soutien concret à celles souhaitant échapper au milieu et… dissuasion et pénalisation des acheteurs, la « demande » qui constitue – de toute évidence – le moteur de la traite des femmes.

C’est aussi l’approche que vient de proposer à Ottawa la députée manitobaine Joy Fox, celle aussi qu’a adoptée l’Assemblée nationale française, le 3 décembre, dans les deux cas à l’instigation des « survivantes » de la prostitution, dont la voix déborde les barricades médiatiques du lobby de l’industrie.

Qui parle au nom de qui?

Toujours à la fin janvier, en Irlande du Nord, une commission parlementaire – examinant le modèle nordique après une longue campagne de pression abolitionniste de la coalition populaire « Turn Off the Red Light » – débusquait l’International Union of Sex Workers, chouchou des médias comme l’est encore le STRASS en France ou l’organisation Stella au Québec. L’IUSW est alors apparue comme absolument non représentative des prostituées qu’elle prétendait regrouper, leur porte-parole reconnaissant que son organisation ne comptait qu’une dizaine de membres dont des proxénètes avoués (« You may call them pimps, we call them managers. »)

Retour du « droit de cuissage »

L’opposition de l’industrie du sexe au modèle nordique s’en tenait jusqu’alors à de sombres menaces non documentées sur les dangers supplémentaires que ferait courir aux femmes en prostitution toute dissuasion de leurs exploiteurs. À croire ces lobbyists, c’était « pour le bien des travailleuses » qu’il fallait fermer les yeux sur les acheteurs de rapports sexuels forcés, accréditer les « managers » et banaliser les bordels. Cela malgré les bilans désastreux faits dans les pays où le néolibéralisme avait fait sauter toutes les digues : Pays-Bas, Allemagne, Nouvelle-Zélande, et certaines régions de l’Australie et du Nevada.

Mais face au succès des lois adoptées en Suède, puis en Norvège et en Islande, qui battaient réellement en brèche les ravages de la prostitution, AMNESTY semble avoir tenté un quitte ou double. Les minces promesses de meilleure sécurité des femmes dans un marché déréglementé font maintenant place dans un document interne d’AI à la revendication politique d’un « droit des hommes » à l’achat prostitutionnel.

Cela ressemble fortement au traditionnel droit de cuissage de celui dont le fric lui donnerait le droit d’imposer sa trique – avec le plein soutien de l’État, l’achat de sexe devenant un Droit de l’Homme.

Réduire ou encourager la prosto?

Pour quiconque connaît bien la prose classique des envois promotionnels et de demande de fonds d’AMNESTY, la phrase « We are Gods in here » ne désignerait donc plus les tortionnaires fascistes à amadouer par des lettres polies, mais le privilège réclamé pour des clients que l’on souhaite multiplier dans un marché en pleine expansion.

Par exemple, en Allemagne où les Verts ont fait adopter il y a onze ans la totale-décriminalisation dont rêvent les industriels, les femmes « importées » des pays les plus pauvres par les trafiquants de chair humaine sont déjà soumises à des forfaits omnibus où, pour une centaine d’euros, le client peut baiser autant de femmes qu’il le veut et de toutes les manières pour aussi longtemps qu’il tient debout.

« WTF, Amnesty!!! »

ll va sans dire que les féministes et les militantes en général ont accueilli fraîchement l’éjaculation prématurée de la stratégie d’AMNÉSIE, même si le Secrétariat présente le mouvement féministe comme « divisé internationalement sur le sujet ».

Un hashtag #QuestionsforAmnesty a lancé le bal sur Twitter, avec des logos tout à fait irrespectueux de la célèbre chandelle d’AI. Deux pétitions dont une de « survivantes » de la prostitution ont tout de suite été rédigées et propagées. Des centaines de téléphones, de FAX et de lettres de protestation ont aussi afflué au Secrétariat de Londres (swc@amnesty.org) et aux sections nationales d’Amnesty France, Belgique, Canada… Sur leurs blogs, féministes et survivantes ont crié à la trahison. Les demandes de renouvellement d’adhésion à AI sont taggées rageusement (illustration). Et le défilé du 8 mars des féministes britanniques aboutira sous les fenêtres du Secrétariat général, à Londres,

Damage control

Pour sa part, le QG d’Amnesty International prétend que rien n’est décidé, que Monsieur Fox a quitté l’organisation depuis 5 ans, qu’il ne s’agit que d’une « consultation » des membres et qu’un vote sera pris à l’assemblée générale d’avril.

Chez Amnesty France, une femme nous a décrit la proposition comme « révoltante », promettant de « déchirer sa carte de vieille militante » en cas d’adoption. En Belgique aussi, on se dit plus abolitionnistes que prêtes à défendre bec et ongles des « droits du micheton ». La commission femmes d’Amnesty Allemagne décrit, de façon plus réaliste la prostitution comme un « marché de plus en plus grand sollicitant les fantasmes de pouvoir des hommes occidentaux qui dépensent leur argent pour disposer en tout temps de filles et de femmes sexuellement disponibles ».

Au Québec, on ne pipe mot.

Après le scandale récent d’une prime de départ d’un demi-million de livres sterling filée à leur Secrétaire générale, ça la fout plutôt mal pour AI. Bien sûr, Monsieur Soros peut éponger les pertes de cotisations des membres qui déchirent leur carte, mais qu’en est-il de la réputation de l’organisation?…

Parce qu’alors que la prostitution est de plus en plus reconnue internationalement comme une violence faite aux femmes (Amir Khadir, Justin Trudeau, des députées et députés conservateurs), AI se retrouve à vouloir protéger les agresseurs.

par Martin Dufresne

(article d’origine : http://www.facebook.com/notes/martin-dufresne/amnestie-frappe-un-n%C5%93ud/10153873695070595)

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