– La section suédoise d’Amnesty prend le contrepied d’une proposition d’AI sur la dépénalisation de l’achat de sexe

Malmö – Suède Amnesty s’inscrit en faux de l’endossement de l’achat de sexe préconisé par Amnesty International.

Lors de sa réunion annuelle à Malmö ce week-end, la section suédoise adoptera une position claire contre la prostitution légalisée.

par Erik Magnusson, http://www.sydsvenskan.se/sverige/motbud-laggs-om-sexkop/, publié le 8 mai 2014

L’hiver dernier, Amnesty International a soulevé un tollé chez les Suédoises lorsque son Secrétariat International à Londres a déposé une proposition prônant la dépénalisation de l’achat et de la vente de sexe.

En vertu de cette proposition, le recours à la prostitution deviendrait un droit humain pour les hommes et les femmes.

La légalisation y est décrite comme un moyen d’accorder plus d’autonomie aux personnes prostituées.

Depuis le dépôt de cette proposition par le Secrétariat international d’AI, la section suédoise d’Amnesty a travaillé à une réponse à cette consultation, qui prend le contrepied du projet de l’organisation mère. Amnesty Suède a en outre cherché à ancrer chaque syllabe de sa réaction dans les positions des associations et organisations locales de femmes.

« Nous allons prendre une décision ce week-end. Nous avons tourné et retourné la question dans tous les sens. Notre proposition est solidement établie », explique Sofia Halth, présidente de la section suédoise d’Amnesty.

« Nous nous opposons à la politique avancée par le Secrétariat international. Nous allons proposer nos propres points de départ pour la façon dont nous voulons travailler sur cette question », ajoute-t-elle.

Selon la réponse officielle rédigée par Amnesty Suède, il est approprié de rendre légale la vente de services sexuels. Cela est conforme à la Loi suédoise sur l’achat de sexe et est décrit comme « une étape importante dans la prévention de la maltraitance … dont se rendent coupables les policiers et d’autres parties ».

En revanche, Amnesty Suède est fermement opposée à la dépénalisation de l’achat de sexe et du proxénétisme.

La Loi suédoise sur l’achat de sexe a déjà été imitée par la Norvège et l’Islande. La France est en train d’adopter une législation semblable. La Belgique, la Finlande, l’Irlande et le Royaume-Uni envisagent des dispositions similaires.

Cependant, il existe encore des pays comme le Danemark, la Hollande et l’Allemagne qui n’ont pas de plans pour une loi sur l’achat de sexe correspondant à la tendance suédo-norvégienne (dite « Modèle nordique »).

Les membres d’Amnesty Suède ressentent une vive colère contre le projet de dépénalisation de l’achat de sexe à l’échelle mondiale, mais Sofia Halth se montre diplomatique lorsqu’elle commente la proposition du Secrétariat international d’Amnesty.

Elle estime que cette proposition, formulée en termes de droits humains, est « insuffisante », qu’elle met un accent trop unilatéral sur la législation et que les enjeux de droits auxquels se réfère la proposition « ne sont pas formulés assez clairement ».

« En outre, la documentation de référence qui a été assemblée est biaisée en regard de la recherche existante », ajoute Madame Halth.

Amnesty Suède devrait inviter AI, lors de sa réunion annuelle de Malmö, à réorienter son action en matière de prostitution. On veut passer d’affirmer son « caractère volontaire et le consentement » à l’exigence que personne ne soit jamais forcé-e de vendre des services sexuels en raison de la discrimination, de la coercition, de la violence, de la vulnérabilité ou de la détresse.

Amnesty Suède souhaite que la prostitution soit abordée non seulement par le biais d’une législation, mais aussi au moyen de diverses interventions sociales.

« Les personnes qui vendent du sexe sont souvent au bas de l’échelle sociale et soumises à de graves violations de leurs droits. La section suédoise pense donc que c’est une question qui concerne Amnesty, mais que nous devrions mettre l’accent sur les graves transgressions infligées aux personnes dans la prostitution », lit-on dans la proposition de réponse officielle suédoise.

Amnesty International est censée prendre, au plus tôt cet automne, une décision finale sur sa position quant aux enjeux liés à la prostitution. La proposition d’Amnesty sera d’ailleurs soumise cet été à une consultation internationale.

(Traduction par la collective TRADFEM)

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